Pour la galerie.

Je sentais la femme à ma droite et celle, devant moi, qui toutes retenaient leur souffle – on ne perturbe pas une lecture dans une galerie, mouchoir de poche étalé dans la rue, tout le monde un verre à la main, nous étions les vaillantes qui donnions le change. Je me concentrais sur la lecture, en anglais misère, mais ça allait, et je me laissais aller au rythme de la prose – les accentuations, ça nous remue, les Frenchies. Lire la suite

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Et je l’ai giflée.

Il n’y a pas de sensation de puissance – il n’y a que le pouvoir, réel, celui qui permet de faire plutôt que de ne pas faire, et l’empowerment est la pire des illusions. Pas de pouvoir dans l’indirect des alcôves – s’il faut se lover dans le rose bonbon, c’est qu’il n’y pas de pouvoir: le pouvoir ne se conditionne pas. Se flanquer de deux échasses pour sentir, dans la tension de la jambe et de la voûte plantaire, l’illusion d’un pouvoir, c’est confondre le choix d’une contrainte dépassable et la puissance: c’est aimer se mettre des bâtons dans les roues pour le plaisir de ne s’élancer que le galbe du mollet. Lire la suite

Attention, désespoir

On n’oublie jamais de reprocher aux femmes leur bavardage, et toujours en des termes choisis – c’est qu’elles piaillent, gloussent, mais énoncer des choses sensées, il ne faudrait pas y songer, d’ailleurs, on ne leur en laisse pas le temps. C’est que la parole, c’est sacré: les femmes en diront toujours trop, et pas ce qu’il faut. On y a mis de nouveaux mots, pour dire ces choses et les faire entendre, comme Manterrupting – ça vient de là-bas, ça permet de se marrer sur les inventions qu’on n’arrête plus, et on parle du mot et pas de la chose.
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Le temps de l’innocence

Il a longtemps été courant de regretter la perte d’innocence des jeunes filles, comme celle, et peut-être plus durement, des vraies femmes – Beauvoir s’en faisait déjà l’écho. Si on n’ose plus, ou plus trop parler d’innocence, l’idée reste: à voir les cris d’orfraie sur les pratiques sexuelles des jeunes gens, la surveillance des vêtements des jeunes filles ou les fantasmes pédopornographiques (des femmes toujours plus jeunes, plus glabres, plus lisses), l’innocence reste une valeur sûre. Lire la suite

Seules les filles pleurent

Boys don’t cry: l’interdiction des larmes pour les petits garçons commence à être bien connue et dénoncée (et il faut continuer); ce qui n’est pas dit, c’est que cette interdiction est, dans le même temps, une injonction faite aux petites filles de pleurer. Les larmes des gamines ne sont pas encouragées: elles sont juste tolérées comme un mal, pour ainsi dire physiologique, qui doit être accepté comme la pluie ou la pollution de l’air – pleure, tu pisseras moins. Derrière l’impératif méprisant, c’est bien une injonction qui se dessine: la colère étant refusée aux filles comme aux femmes, leur parole étant réduite voire niée, ne restent que les larmes. Lire la suite