Que la bise.

Ce n’est pas le roc que je me suis rejoué, c’est la voix, toujours un peu goguenarde, du grand-père quand, au téléphone, il souhaitait un bon anniversaire à sa « grande », toujours un peu plus, évidemment, chaque année. C’est un rituel annuel, et je les appelle moi-même, maintenant, mes grands-parents, avec les mêmes blagues – et tu n’as rien à me dire, aujourd’hui ? et je t’appelle demain ! à mon autre grand-père, dont l’anniversaire succède le mien d’un seul jour – et chaque année, la même blague, là juste pour qu’on en rigole, et parfois retombe un vieux récit, l’attente de mon père devant la salle de la césarienne où je suis née, mais aux forceps – je me doutais qu’il y avait embrouille. Lire la suite

Et comment

Et comment pourrais-je ne pas avoir envie de me répandre, quand le ciel tombe en nuit et en vertiges, et quand je ne sais ce que je veux, mais que je vois aux côtés de qui je voudrais dormir – et aimer à loisir

Et comment saurais-je ce que je veux, quand je sais ni qui je suis, ni comment je voudrais, une nouvelle fois, me réinventer

Pour t’aimer à loisir et dans le travail

De quelque chose à naître et qui n’a pas de nom, et qu’on inventera peut-être.

Un creux dans le lit singe ta présence, et ton souffle pèse comme une ombre

J’essaie de retenir mes mots – j’ai si peur que tu t’envoles.

 

Pop phil(i)o

C’est peut-être parce qu’elle a l’air idiotement drôle, mais la chanson de Lio et Jacky, Tétéou (1985, on s’en doute à la palette chromatique et au tempo) révèle quelque chose de l’impossibilité d’une enquête philosophique au féminin – ou, comme l’écrit Christine Delphy dans la préface de Classer/dominer, de l’oubli du collectif dans l’élaboration du cogito cartésien. Chanson du sujet impossible, Tétéou peut répéter l’interrogation fondamentale de la reconstruction d’un sujet dissocié et abîmé, par la parodie évidente du film noir: l’enquête appelle enquêteur, jeux de mots sylleptiques dès l’ouverture (on n’oublie ni les paroles, ni la parodie), narration, au passé de l’enquêteur – qu’il est loin, le sujet féminin – de l’enquête, entrecoupée des dialogues (au discours direct: le film se retrouve par l’entrecroisement des scènes et de la voix off). La tentative de reconstruction trouve sa cause: les « grandes nuits qui finiiiiiissent dans de petits mouchoirs », soulignée par un jeu d’antithèses aussi pathétique que prosaïque. C’est ainsi la vie qui rattrape et exclut le sujet féminin de la philosophie classique, et ne le renvoie aux confins de la parodie pop.

Bon, j’avais pas envie de bosser: ce matin, c’était café dansant…