Lettres de nuit, la dernière.

Mon cher,

Je ne sais pourquoi j’écris, et à toi, mais je sais vouloir écrire – on dira que c’est déjà pas si mal. Les corrections et le chagrin me rongent, c’est une peine qui ne parvient plus à avoir noms ni explications.

Il commence à y avoir des choses qui s’agitent et se dissipent, des fantômes que, comme Athalie, j’essaie de retenir avant d’en recevoir les lambeaux. C’est Madame D. qui recommence sa psalmodie, c’est sa tendresse et sa haine, car les deux ne sont qu’un, et d’autres en même temps; ce sont des galeries qui se dessinent, pleines de femmes en cage, avec, pour premier regard, celui de cette femme recroquevillée, que l’on tient en laisse; c’est encore le soliloque de M. et son immobilité. Je ne sais toujours pas les contours de L., mais je touche son désespoir du bout d’un cil, et sa fuite se sent déjà. Je la voulais point absent, et la vlà qui m’échappe. Lire la suite

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Déclaration d’Apocalypse

Et quand les montagnes s’ouvriront, c’est les pieds dans la lave que je voudrais nous voir danser, bercés par les pluies jaunes d’acide, et l’espérance de finir avec le monde.

Il restera la beauté des couchants et l’herbe desséchée, pour nous étendre, pour nous rappeler que le monde battait, et qu’il nous oubliera. Ni trompettes ni pas lourd, des cœurs légers à en crever, et on en rigolera, de la fin qu’on attend, quand tu sais que ça s’achève et en quatuors encore, faut bien qu’on rigole, quand c’est l’univers qui se disloque.

C’est dans les abîmes que nous roulerons, dans le murmure des eaux qui grondent – et les roseaux enflammés crieront ton nom. Il reste des eaux, parties du ciel, vapeurs fondant les éléments, et des corps douloureux d’avoir tant vécu.

Nous ne saurons plus lequel est qui, et ce qui chante dans les roches qui roulent – c’est la terre qui se rappelle.

Et on verra, de face, que ce n’est qu’un monde qui se meurt.

Lettre à personne

C’est encore la grande, l’immense peine qui veut se résoudre, le plein trou que tu m’as creusé en travers

du torse

l’abîme

auquel je confie mes peines aux bords dentelés de tendresse, au fond de douleur.

C’est une peine capitale que me poursuit et qui ne veut par mourir.

Le chagrin de toi qui m’a défaite

La peine à être qui se prolonge

Et qui prend ta

Place.

L’ombre d’une ombre

La valise en déséquilibre et moi de guingois à tirer, pousser, encore une pile de livres pour le savoir que l’on valide, le reste pour les robes qui tournent dans les soirs d’été. Les petits zigzags me serrent le cœur comme la peur de rater ce train, et c’est toujours le goût des larmes qui me vient dans les gares, avec ce souvenir d’un train que je n’ai pas pris, à Cologne, il y a quinze ans cette année. Lire la suite