Sur place.

Et à force de se déraciner et de voir durer le provisoire, de constater l’habitude de la précarité et celle de la solitude, dans un train à moindre prix, dans la seconde sans classe, la nuit tombée depuis déjà des heures, tout s’écroule et déborde. Elle ne voyageait plus, elle se transportait, sans jamais plus savoir si elle allait ou revenait. Il y avait longtemps qu’elle n’était plus attendue nulle part, que revenir chez elle était une expression vide de sens tant on l’avait oubliée partout où elle allait. On la pensait toujours en partance vers son vrai chez elle, où elle retrouvait ses amis et son entourage. Évidemment, cela ne se produisait jamais ; elle était tellement partie qu’elle n’arrivait plus nulle part.