Femmes de colère.

Les différents débats actuels, pour minimes qu’ils semblent, comme le manspreading dans les transports, ne me semblent pas profondément intéressants par eux-mêmes –– on retrouve les procédés rhétorique d’invibilisation habituels. Ils ne changent pas : on l’a vu avec Mademoiselle, on le voit encore avec le refus d’appeler un chat un chat – ou un féminicide un féminicide, et non un crime passionnel.

Ils sont néanmoins intéressants en ce qu’ils révèlent une chose que je constate, progressivement, depuis une dizaine d’années maintenant que je suis les mouvements féministes : des femmes, beaucoup de femmes, sont profondément en colère.

Si la colère de ces femmes s’oriente encore sur des sujets symboliques, le fait même qu’il s’agisse de symboles est hautement signifiant : c’est que même le symbole, l’inconfort, somme toute rapide, d’un inconfort métropolitain, n’est plus supportable. C’est que le monde tel qu’il tourne n’est plus supportable ; c’est que la colère des femmes sourd, et risque d’éclater.

Et c’est sans peine que j’imagine cette colère, que je ne ressens moi-même que trop bien, éclater dans les rues des villes et se répandre dans l’obscurité des foyers. Le jour de colère, s’il viendra, sera un raz-de-marée :  ce sont des femmes furieuses, excédées, qui parcourront les rues dans des amoks meurtrières ; ce sont des femmes qui, se rappelant qu’elles sont sœurs dans leur oppression, ouvriront les arsenaux des hommes et retourneront les armes contre eux.
Ce sont, dans les artères des villes, des milices des femmes qui feront régner une terreur féministe ; ce sont des femmes qui, au coin d’une rue, arrêteront un homme isolé, trop tard sorti, pour l’encercler et l’exécuter.

Ce sont des femmes qui seront au volant des voitures qui hurlent, toutes fenêtres ouvertes, en hurlant leur mépris des hommes ; ce sont des femmes qui frapperont aux portes des hommes célibataires pour leur susurrer des mots d’amour et d’horreur.

Ce sont encore des femmes qui, en meutes, s’amuseront de voir deux charmants damoiseaux essayer de rester dignes en pressant le pas ; ce sont des femmes qui, s’emparant des radios et des médias, coordonneront le grand massacre des hommes ; ce sont des femmes qui, d’une voix, hurleront leur haine des hommes et abaisseront les couteaux des lames.
Beaucoup de femmes commencent à se demander si l’amour, in fine, ne serait pas une arnaque de plus, et peut-être la plus grande ; elles s’interrogent sur un monde sans hommes, un homme sans guerres, sans viols, sans être frappées, petites ou grandes, sans les mains indélicates des métros et les bites dures collées aux heures de poing ; un monde dans lequel, peut-être, pour devenir des personnes, il leur faudrait devenir des tueuses.

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5 réflexions sur “Femmes de colère.

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