Que faire de l’encombrant corps de l’auteur ?

Cette petite épître, Guillaume, pour reprendre, comme tu m’y invites, la manette ; parce que l’auteur, comme l’œuvre, on ne peut espérer s’en débarrasser aisément. Nous partageons, il me semble, la même méfiance à l’égard de l’auteur, pris dans un sens romantique ; mais cet auteur, il est bien là, si ce n’est pour nous, du moins pour ses fans. Je te suis sans souci, quand il s’agit de voir dans l’auteur ou l’œuvre des fictions : mais l’un comme l’autre existent ; nous vivons de ce consensus, que ce soit en tant que critiques, ou lorsque nous achetons un billet de cinéma, parce que nous aimons un réalisateur ou une réalisatrice. Lire la suite

Y a-t-il un auteur dans l’œuvre ?

Mon ami Guillaume m’a fait remarquer, à juste titre, à propos de mon billet précédent, qu’il est périlleux de voir dans le joueur un co-auteur, et dans le jeu vidéo un exemple emblématique de l’œuvre ouverte d’Umberto Eco. Il distingue très clairement la création de l’interaction ou de la participation – et relègue ainsi, certainement, le joueur ou la joueuse à une place plus juste. Mais s’agit-il pour autant de revenir à l’auteur ? Oui, et non. Kojima est un point que j’attendais : oui, on trouve de grandes figures de développeurs, codeurs, parfois scénaristes géniaux, qui entérinent le mythe du grand homme, absolu créateur : nous avons besoin de récits, et nous sommes rassuré·e·s par ces figures. Les créations collectives ont ainsi souvent été oubliées ou attribuées : l’Illiade et l’Odyssée à Homère, qu’importe qu’il ait ou non existé. C’est le culte de l’individu, renforcé par les théories romantiques allemandes de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles qui ont entériné une vision de la littérature – et plus des Belles-Lettres – dont nous ne parvenons pas à sortir ; pourquoi, sinon, s’attarder sur la parka de Houellebecq ? Parce que la création reste un mystère, on la recherche dans les replis des anecdotes, voire des routines, comme celle des actrices érigées muses. Lire la suite

L’auctorialité dans le JV

Je ne suis pas gameuse (pas vraiment, juste un peu), mais je m’intéresse toujours autant aux game studies, les études du jeu, et en particulier aux études vidéoludiques – sur le jeu vidéo. En tant que littéraire, plusieurs choses m’étonnent, et notamment le retour, permanent, d’un vieux fantôme que l’on croyait disparu : l’auteur. Lire la suite