Chloé et les cinq ascètes

Chloé regardait autour d’elle. Elle marchait dans la rue, d’un pas assez rapide, et elle jetait de petits coups d’œil, discrètement. Elle se pressait pour rentrer, mais elle ne voulait pas que cet empressement se voie ; elle ne voulait pas être remarquée.

Enfin une soirée qu’elle pourrait passer seule.

Chloé rentra chez elle. Une fois la porte de l’immeuble franchie, elle traversa le hall, puis le couloir pour gagner l’ascenseur. L’attente lui parut longue ; la journée avait déjà bien trop duré. Elle entendit enfin le tintement annonciateur et elle vit la porte s’ouvrir, les deux battants s’écartant, son reflet à l’arrière-plan.

Pour rapide que soit la montée, elle restait troublée par l’odeur restée dans l’habitacle, une présence absente de son voisin du second, parfois entr’aperçu.

Un dernier couloir, ses clefs qui ne voulaient pas être prises là, en flagrant délit de dissimulation, la porte qui s’ouvre, les chaussures qui volent : Chloé est bien chez elle. Un geste pour enlever son soutien-gorge trop séparé, deux coups d’épaule ; il n’est plus qu’un souvenir pour ses côtes marquées. Trois pas vers le canapé, un effondrement vespéral : il est maintenant temps que la soirée commence.

Chloé a déjà mangé ; elle lance un film sans conviction, se creuse dans le canapé, étend ses jambes, déboutonne son pantalon. La tête un peu vide, un peu rêveuse, elle garde la main sagement posée sur son ventre, les cinq ascètes soigneusement étalés.

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