Ce ne sont que des femmes qui se noient

Je ne suis pas de ceux qui disent : Ce n’est rien ;
C’est une femme qui se noie.

 

Les larmes d’hommes auxquelles nous assistons depuis l’affaire Harvey Weinstein et le déploiement des différents hastags (#myharveyweinstein, #balancetonporc, #metoo, #moiaussi) ne peuvent laisser indifférentes. Une larme coule, vite vite les mouchoirs. Il ne faudrait tout de même pas que nous accusions tous les hommes ! Après tout, qu’y peuvent-ils, les pauvres qui inscrivent leurs filles à des cours en arts martiaux ? sadako-2

Ils peuvent déjà se taire et écouter, ne pas nous imposer leur sensibilité – oh les pauvres qui ne se rendaient pas compte, peut-être parce qu’ils n’ont pas écouté, ces pauvres qui exagéraient, est-ce donc possible, que les femmes aient peur d’eux ? Peut-être surtout qu’ils n’ont pas envie d’entendre – peut-être bien parce que le privilège, c’est confortable, et le non-consentement, c’est bien plus agréable, ces petites secousses pendant le coït, et puis, c’est beau, une femme qui pleure, c’est bien plus calme.

Et surtout, ce que l’on voit, depuis le trottoirgate (vous rendez-vous compte ! les femmes ont peur quand on marche derrière elles la nuit !), c’est que quand une femme se noie, il n’y a finalement pas mort d’homme.

Nous avons, officiellement, eu trois vagues de féminisme : j’en vois au moins deux avant (1830 et 1848, les pauvres oubliées, sans parler de 1870-71). Nous avons, depuis des années et des siècles, publié ces souffrances ; nous avons donné une forme à l’informe, nous avons comptabilisé nos mortes, recensé les blessées, quantifié la barbarie. Nous vous avons démasqué, inlassablement, depuis deux siècles : nous vous expliquons, nous nous débattons – et nous survivons.

Depuis deux siècles, des femmes sont battues pour avoir voulu se rassembler, pour avoir voulu voter, pour être propriétaire de leurs biens, pour survivre dans leurs foyers – quand elles le pouvaient. Depuis deux siècles, nous essayons d’être des êtres humains, mais nous ne sommes, visiblement, que des femmes qui se noient.

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