Fiction et cosplay

La lecture de l’ouvrage de Françoise Lavocat Fait et fiction (2016), de Métalepse. De la figure à la fiction de Gérard Genette (2004) et, plus généralement, du projet mis et remis sur le métier d’un chapitre de thèse sur le statut de la fiction chez Renan me conduisent à proposer quelques réflexions, éparses, sur la fiction, dont voici la première.

Françoise Lavocat, dans son ouvrage, s’attache à questionner la fiction en dehors du cadre littéraire, en ouvrant notamment ses réflexions à la réalité virtuelle et au cinéma. Elle remarque un attachement prégnant à la fiction, entre autres dans la pratique du cosplay. Le cosplay, appelé costumade en français académique, désigne la pratique consistant à fabriquer et à revêtir les vêtements, l’allure, jusqu’aux comportements d’un personnage de fiction, le plus souvent issu de la culture populaire. Si la pratique connaît une vogue sans précédent, elle n’est cependant pas neuve : on en trouve des traces dans la mode, non seulement du suicide, mais aussi des costumes jaune et bleu, qui a suivi la publication des Souffrances du jeune Werther de Gœthe. S’il ne s’agit pas de cosplay véritable, le prolongement de la fiction dans le dit monde réel se retrouve donc dès le XVIIIe siècle.

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François Lavocat oublie néanmoins un aspect essentiel du cosplay : il ne s’agit pas seulement d’incarner un personnage fictif dans un cadre donné (le plus souvent, des conventions), de le faire vivre en lui prêtant son corps, mais de fabriquer son costume – en d’autres termes, de lui donner une figure, de le faire figurer dans le mode réel. Le façonnage du costume est alors la concrétisation de l’image-personnage (parfois très précise, puisque dessinée et mise en mouvement) : il ne s’agit pas d’incarner le personnage (ce n’est pas en tout cas la majorité du temps consacré au cosplay), mais de le recréer – on ne peut parler de copie, comme on parlerait d’un décalque, puisqu’il y a au moins adaptation d’un support, et d’un monde, à un autre.

S’agit-il alors de prolonger le personnage ? Certainement, et la fidélité au modèle initial n’est pas la seule possibilité explorée par les cosplayeurs. D’un désir de fiction ? Très probablement, tout en conservant la conscience d’une « frontière », comme l’explique Françoise Lavocat. Un point me semble néanmoins escamoté : la fabrique du costume, en tant que recréation, place le cosplayeur dans le champ de l’auteur – plus que du personnage. Sans qu’il y ait volonté de substitution, le cosplayeur recrée sur modèle :  il se fait donc, a minima, l’émule de l’auteur.

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