Halloteen, ou comment Maman, j’ai raté l’avion est un film de Carpenter

Lors d’une conversation amicale sur un de mes derniers articles, Halloqueen, j’en suis venue à une boutade : le véritable remake d’Halloween pourrait bien être Maman, j’ai raté l’avion. Home Alone ou, en français, Maman, j’ai raté l’avion, est un teenmovie à succès sorti en 1990. Cette comédie familiale est calibrée pour devenir un gros succès de Noël, et la chose ne manquera pas : Maman, j’ai raté l’avion est un film incontournable des enfants nés dans les années 1980 et 1990. C’est en m’appuyant sur cette connivence que je savais commune que je fondais tous mes espoirs comiques.

Maman, j’ai raté l’avion, en y repensant, est bien tourné comme un film d’horreur, certes, sur un mode mineur : c’est même bien un remake inavoué d’Halloween.

Si de petits génies du montage se sont amusés à montrer comment faire du film un film d’horreur, nul besoin d’aller si loin. Home Alone est en effet la transposition d’Halloween en film d’horreur pour enfants.

S’agissant d’un film pour mineurs, il n’est plus question de slasher ou de giallo : ce sont les procédés de la peur qui se trouvent repris et réexploités. La fête elle-même est décalée : ce n’est plus Halloween, mais, à peine deux mois plus tard, Noël qui constitue la date à l’origine de l’intrigue. La fête n’en est pas plus familiale : tout le synopsis d’Home Alone repose justement sur l’oubli de Kevin McCallister, petit garçon de huit ans, brimé et mal aimé par sa nombreuse famille. Le cadre spatial reste le même : une banlieue américaine typique, seulement plus chic dans les années 1990 que le quartier de Laurie.

Le cadre spatio-temporel de ces deux films est ainsi identique : des banlieues résidentielles typiques, au moment d’une fête pour enfants. Le cadre social est également le même : les personnages sont issus de la classe moyenne, plutôt aisée, quand les protagonistes sont tous les deux mineurs et sous la tutelle de parents irresponsables. Leur blondeur, certainement fortuite, est un nouvel élément les rapprochant. C’est surtout en tant que personnages marginaux dans leurs propres cercles qu’ils se rapprochent ; ils se trouvent en outre responsables de plus faibles qu’eux, Laurie, comme baby-sitter, Kevin pour empêcher les voleurs de cambrioler sa maison. Ils sont des sauveurs, réussissant à repousser – mais pour un temps seulement – le mal de l’american way of life.

Ces différentes connivences pourraient sembler de peu d’importance : elles s’appuient en effet sur des stéréotypes particulièrement prégnants dans la culture occidentale. Il faut alors creuser : Halloween comme Home Alone sont des drames de l’intérieur, des films à domicile. Bien plus : ils jouent, l’un comme l’autre, des effets cinématographiques de la vision. Kevin comme Laurie sont les proies de méchants très méchants : Michael Myers, l’horrible tueur d’Halloween, trouve son pendant dans Harry et Marvin, les cambrioleurs idiots. Tous ces méchants très méchants sont obnubilés par une cible qui semble le seul moteur de l’intrigue : Laurie elle-même, la maison, puis Kevin en personne. Les intrigues se retrouvent ainsi mues par une structure de course-poursuite : il s’agit de fuir, puis de chasser. Pour Kevin comme pour Laurie, c’est l’univers domestique et familier qui devient la meilleure des défenses : le couteau de cuisine de Michael Myers se retourne contre lui, les cintres se font armes contondantes, quand la maison des McCallister toute entière devient un immense piège. Dans les deux cas, la maison, cadre principal de l’intrigue, est tour à tour un havre, un piège et une arme retournée.

La maison est bien le cadre idéal pour une intrigue de course-poursuite : elle permet une immense partie de cache-cache, particulièrement cinématographique en ce qu’elle joue des effets de champ et de hors-champ. Les apparitions brutales des méchants – tueurs ou voleurs – sont alors cartoonesques : les jumps scares sont aussi des jump laughs.

Voir dans Maman, j’ai raté l’avion un remake d’Halloween permet en effet de voir une même mécanique à l’œuvre dans l’horreur et dans le rire. Kevin et Laurie se ressemblent par une caractéristique paradoxalement mise de côté : ils ont peur, et ils sont les seuls à se rendre compte de la menace qui rôde. Laurie est la seule à repérer le comportement hautement suspect de Michael Myers ; la peur de Kevin est soulignée à plusieurs reprises, notamment quand il lui faut descendre à la cave retrouver la chaudière. On peut alors noter que la peur de Kevin est une peur d’enfant, quand celle de Laurie est une peur de femme : c’est la sensation d’être observée et harcelée qui la tient en alerte. Ce sont des peurs de dominés.

Laurie comme Kevin parviennent cependant à dépasser leurs peurs et ce, en les retournant : ils finissent l’une comme l’autre par attaquer. C’est alors en retournant leur peur qu’ils parviennent à se défendre, Laurie, en retournant le couteau qui devait la tuer, et Kevin en prenant les méchants à leur propre idiotie. Le jeune garçon a un moyen tout à fait cinématographique de surmonter ses peurs : il utilise le film Angels with Filthy Souls (qui n’existe pas) pour effrayer le livreur de pizza, puis les cambrioleurs. Le cinéma se fait lui-même école, forçant l’émancipation de ses héros, qui en utilisent les ressorts pour se dépasser.

L’horreur et le comique jouent ainsi des mêmes effets, et Maman, j’ai raté l’avion ne manque pas une occasion de profiter de quelques ressorts de l’horreur : le vieux voisin terrifiant qui fait peur aux enfants apparaît dans une ambiance de films d’horreur, la tempête qui agite les arbres jusqu’à la chute d’une branche est quasi fantastique, les déambulations de Kevin dans la maison vide, en plan large, montrent une solitude angoissante. La musique du générique de début fait tinter un carillon à la mélodie et aux sonorités très proches du générique d’Halloween lui-même : l’horreur se met à la portée des enfants, et les prépare déjà aux classiques du cinéma de genre.

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