Comment Renanus avec sa langue couvrit tout plein de damnés, et ce que l’autrice vit dedans sa bouche

Ainsi que Renanus avecques toute sa bande entrerent es terres des Rapsodes, tout le monde en estoit joyeux, et incontinent se rendirent a luy, et de leur franc vouloir luy apporterent les clefz de tous textes qu’il vouloit explorer, exceptez les Cabalistiques, pource qu’ils voulurent tenir contre luy, et feirent responce a ses heraulx qu’ils ne se renderoyent: sinon a bonnes enseignes.

Quoy, dict Renanus, en demandent ilz meilleures que la main au pot, et le verre au poing? Allons, et qu’on me les mette a sac. Adonc tous se mirent en ordre comme deliberez de donner l’assault.

Mais on chemin passant une grande campaigne, furent saisiz d’une grosse crise de foy. Aquoy commencerent se tresmousser et se prier l’un l’aultre. Ce que voyant Renanus leur fist dire par son capitaine Berthelotte que ce n’estoit rien, et qu’il veoit bien au dessus du College que ce ne seroit qu’une petite revocatio, mais a toutes fins qu’ilz se missent en ordre, et qu’il les vouloit couvrir. Lors se mirent en bon ordre et bien serrez. Et Renanus tira sa langue seulement a demy, et les en couvrit par le charme qu’avoit sa parole, comme une mesange faict quand vient le printemps. Ce pendent je qui vous fais ces tant veritables contes, mestois caché dessoubz une table, qui avoit moult poëmes, bien obscurs et bien difficiles: mais quand je les veiz ainsi bien couvers, je m’en allay a eulx a l’abrit, ce que je ne peuz tant ilz estoient et tous a repeter et reduire cette belle parole. Je ne pouvois rien entendre du tout. Doncques le mieulx tant ilz estoient a dire et a redire, que je peuz estudier des semaines et des mois la parole de Renanus, tant que je entray dans sa bouche. Mais o dieux et deesses avecques les yeux bleus, que veiz je la ? Juppiter me confonde de sa fouldre trisulque si j’en mens.

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Je y cheminois comme l’on faict en l’exegese des textes sacrés, et y veiz de grands thresors dans sa parole, comme les noms des saincts et du peuple d’Israël, je croy que c’estoit son art de passer pour sacré luy meme, et de grands blasphemes, mais des qui sembloient si suaves qu’on auroit peu croire un sainct. De grands sçavoirs du monde d’avant et de maintenant, et parfois de demain, et souvent des songes, qu’il avoit quand il n’estoit pas saisi de sommeil. Le premier que y trouvay, ce fut un bon homme qui creusoit des trous. Dont tout esbahy luy demanday. Mon amy que fais tu icy ? Je creuse (dist il) des trous. Et a quoy ny comment ? dis je. Ha monsieur (dist il) chascun ne peut avoir les couillons aussi pesant qu’un pape, et ne pouvons estre tous croyants. Je gaigne ainsi ma vie: et les porte vendre au marche en l’eglise qui est icy derriere, pourceque le monde d’arriere viendra demain. Je creuse des trous dans la creance au bon Dieu. Jesus (dis je) il y a demain un nouveau monde, mais de Dieu dedans, il sera tout troué, et non plus sacré. Certes (dist il) il n’est mie nouveau: mais l’on dist bien que hors d’icy il y a une terre germaine ou ilz ont et Strauss et Nietzsche: et tout plein de belles besoignes: mais cestuy cy est plus ancien, et moins troué. Voire mais (dis je) mon amy, comment a nom ceste ville ou tu portes vendre tes choulx ? Elle a (dist il) nom Impiete, et sont mecreants, gens de bien, et vous feront grande chere. Bref je deliberay d’y aller.

 

 

 

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