Difficile.

La chose montait: elle en voyait les signes aux traits progressivement défigurés de son père. Elle montait, et elle arrivait maintenant dans ses yeux, transformant son regard, plus petit et plus perçant, qui la fixait. Elle sentait ce moment se dilater: de grands mouvements du cœur, en haut et en bas, le souffle plus profond, il fallait savoir si la chose allait basculer et s’il lui faudrait courir, comme les autres fois, en traversant la cuisine pour se cacher entre les chaises, ou fuir dans le jardin, où elle savait pourtant qu’il n’y avait pas d’issue. Ses muscles commençaient à se raidir, tendus pour la courses, ses épaules se rentraient et son dos s’arrondissait. Elle savait pourtant qu’elle n’était pas prête à bondir, déjà ses genoux fléchissaient, si elle courrait, ce ne serait pas longtemps, quelques secondes à peine avant de se rouler en boule, de sentir qu’elle se répandait malgré elle, tout en elle qui se relâchait et se tendait dans un même moment, dans un temps inconsidérablement long et court, pendant lequel elle ne pourrait rien se dire, juste qu’elle était difficile, et pendant lequel elle ne sentirait ni les cris, ni les coups, ni l’air sous ses pieds quand elle descendrait l’escalier sans toucher les marches, suspendue comme une éternité par les cheveux tirés, rien.