La chance du présent

Toujours les conversations avec Pierre-Élie, mais un autre axe: savoir si notre époque est créative, et où, et de quelle façon, et de comment ces choses seront vues, et comment nous nous y inscrivons. J’ai la tendance, certainement irritante, de répondre à toutes les questions qui me semblent théoriques et difficiles par le même slogan: plus d’action, moins de question ou, pour ce qui est de la littérature, de la production plus que de la pensée. Ce n’est, littérairement et généralement pas ce que je crois – mais je suis de peu de foi. Il ne s’agit pas pour moi d’opposer la production à sa pensée, et dans le détail et dans les ensembles – peut-être plus d’esquiver des questions qui m’embarrassent, pour d’autres qui me correspondent plus. Dans la cacophonie que j’entends dans le même temps, sans lien si ce n’est celui de mon propre caprice, et si, il vient à mesure que la vidéo, celle de François, se déroule pendant que j’écris, je me dis que ces questions sur la créativité, ou non, de notre époque, là, en France, et pourquoi pas à Paris (puisque je n’y suis presque pas), elle me semble rater la chance du présent.

La cacophonie vaincra: peut-être plus de grands auteurs, de grande œuvre, et comment le savoir, et à quoi bon. Le classique, celui qu’on relit, on essaie de le deviner – parfois derrière Carr(i)ère, j’ai aimé ce calembour entendu dans une autre vidéo de François. C’est toujours amusant de tenter de deviner les classiques du futur – que retiendra-t-on de nous ? Et je crois qu’on aimerait que la réponse soit « moi » – mais le « on », c’est mieux, non ? Les classiques de demain, ce sera la façon qu’a le futur de voir son passé – et il se trouve que de temps en temps, leur passé à venir, on le vit. Dans ce précipice lyrique entre le passé et le futur des classiques, il reste le texte: pas d’histoire, si l’on veut lire Bayard, mais ce serait aussi intéressant de le vivre, ce présent, et de profiter de la chance, épistémologique, littéraire, mais aussi sensible que l’on a de le vivre, et pas dans les pires conditions du monde – surtout quand on a la chance extraordinaire, inouïe, quasi surnaturelle, d’avoir le luxe, parfois douloureux, parfois onéreux, de pouvoir nous payer, littérairement, de mots. La cacophonie de François, du bureau à lui au monde, est une chance: on n’a pas besoin de se vivre au passé antérieur.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s