L’air et les métaphores

D’un peu d’air par la fenêtre, et de vieilles réflexions qui se ramènent, comme les idées entrant dans la chambre de Dario Argento quand, au petit matin, il ouvre les croisées dans une ville italienne. C’est le moment où je me demande si j’ai une âme, et où elle peut bien être – celui où le corps des statues semble frémir, et les métaphores s’agiter.

Ce sont souvent les traits de l’indéfinissable que je choisis: parler de soi à l’impersonnel, se dissociant stylistiquement par prudence modale, mais aussi rechercher un flou, un je ne sais quoi que l’on trouvait, après tout, sous la plume de Fénelon et que l’on voit traduit chez Renan. Je soupçonne dans le même temps que ce vague, certainement à l’âme que je n’ai pas, qui s’étale dans le monde quand je me sens déborder, et qui se recroqueville dans les placards imaginaires, si d’aventure le temps se fait morose. De moi comme une autre, la rengaine est connue, elle dit pourtant sans être écoutée. C’est que ce flou, c’est une réalité qui ne veut pas être vue.

Il y a dans les métaphores quelque chose d’une vie impossible, mais dont l’existence me tourmente et m’émeut, un peine-à-vivre pourtant tremblant et bien là ; la possibilité de revenir et de retrouver le tombeau ouvert, les morts debout et l’animal sauvage derrière chaque figure connue. Les mots sus me semblent de plus en plus une gangue maintenant les impossibles en retrait, neutralisant l’espoir messianique. Nul besoin d’inventer une nouvelle langue: les vieilles formules portent en elle une magie qui ne nous est plus que rarement donnée, et qui émerge de la vieille langue, celle déjà-là, riche d’années, de siècles d’alarme et d’espoirs, charriant ses vieux mots dans des torrents de verbiage, et brillant dans le fond des nuits trop sombres. C’est parfois au détour d’un texte que se révèle toute la magie de la métaphore quand, d’oubliée et convenue qu’elle était, catachrèse tout juste révélée par quelques stylistes érudits, elle oublie son oubli, réveillant par son incongruité tout un possible écarté.

Et certaines soirées sont propices à leur éveil, à voir leur résurrection, par une chanson ou un poème, quelque chose dans l’air qui vibre et rappelle de quelle réalité surgit le fantastique.

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