La fin du mec

Le mec, vous vous souvenez ? Neness, le Neness Renan. Il s’est trouvé tout penaud, à la fin de la deuxième partie, mais il a de la reprise, et il passe la troisième, c’est qu’il faut finir, qu’on se dit.

Le Neness, il est en troisième, bientôt le brevet, alors c’est parti: il se dit gentiment que la vraie question de la nature, c’est peut-être de savoir c’est quoi la nature de la nature, ça le turlupine, alors il prend des notes, et ça prend substance, et le sujet, c’est ça: la substance. Il se demande s’il existe vraiment, et de quoi il est fait: il sait qu’il éternue et que parfois ça le gratte, mais le reste, ça bouge, ça tangue, il voit que c’est pas bien stable, et que l’histoire, elle avance et zoum ! la nature, ça fait du temps, les chocapics en moins.

Le Neness, il est sorti du séminaire, sans sa soutane il se balade, mais on lui a prêté d’autres fringues, un scandale après l’autre, et lui c’est pas Nietzsche, il fait ça propre, avec des fringues et des questions. Importantes, les questions ! Est-ce qu’il y a de l’âme dans la matière ? Et comment ça bouge, histoire qu’on trouve un peu d’équilibre – j’ai failli dire assiette. Alors, le Neness, il imagine: ça bouge pas mal, mais faut dépasser les bornes, et rester dans les limites de la décence, c’est prévu d’avance, le mec il imagine des types, pas des gens, mais des casiers, il imagine les idées qui prennent la forme du casier. Après, ça lui plaît pas trop, il s’imagine des idées rabotées, alors c’est plutôt l’inverse, et plus des casiers, mais des moules, et les idées bien gentiment se mettent tout autour, pour garder la forme, et quand ça bouge, c’est comme quand tu fais la baudruche dans un ballon: ça bouge, ça tiraille, ça va ça vient, mais ça reste à peu près en place. Et re-bim ! ça fait des races ! Et c’est comme ça que le mec range les gens, en supposant des types.

Arrivé là, le Neness, il est embêté, il se dit, ça bouge, ça gonfle, mais qui souffle ? Vu qu’il veut plus penser à Dieu, ils sont fâchés, il se dit l’amour, ça fait de la science à portée des savants, et c’est bien commode pour faire gonfler les baudruches.

Une fois qu’il a pensé tout ça, comment ça marche, gonfle et tiraille, que ça naît et que ça meurt, le Neness, il lui faut des détails: et pour tel ballon ? Pas parce que ça parle de baudruche qu’il met la tête dans le sable, et le vlà au travail: il fait sa petite méthode, il regarde les vieux papiers et il cherche le puzzle, pour faire un beau tableau à mettre au-dessus de la cheminée.

Catastrophe ! Il manque des pièces ! Ça fait les bords pas jolis, alors les pièces, ils les inventent: si on n’a pas gardé les pièces, faut les imaginer, à partir de celles qu’on a. Comme quoi, y a des textes pas écrits, on en cause, et un jour quelqu’un prend des notes, et avec un peu de bol un autre les copies, et sans faire trop de fautes – pas revenir à la ligne, faut pas rêver, on avait pas encore inventé le cahier à carreaux et à petites spirales. Les gens qui causaient, parfois entre eux, parfois avec Dieu, comment on devine ce qu’ils se racontaient ? Là, le Neness, il a une sacrée idée: il se dit que les gens, c’est pas que de la parlote, mais c’est plutôt mobiles, et certainement qu’ils avaient des corps pour tenir leurs bouches, et avoir des émotions pendant les divines causettes. Et faut la couleur locale ! Pour ça, il se balade là où ils étaient, il ne retrouve pas leurs paroles, faut dire, au Moyen Orient, elles risquaient pas d’être gelées, surtout avec le réchauffement climatique, mais il se dit on va voir au moins comment ça sonnait, avec l’écho et les montagnes au loin, pour faire de beaux paysages. Patatrac ! c’est comme s’il était tombé dans le puzzle, direct dans les pièces qui manquaient. Il se balade, il regarde, il voit la trace du lego perdu, quand il fait sa promenade, avec son guide du routard biblique à la main. Il est tout fou, il a l’impression qu’à peine il se penche bim il retrouve un truc, et tout s’assemble: les puzzles, c’est pas toujours reposant, surtout quand ça fait pas loin de vingt siècles que tu sais pas où ton frangin il a rangé les morceaux. Bien content, il ramasse tout ce qu’il peut, il dessine quand il y a des trous, incroyable ! ça fait un deuxième chapitre.

À la fin des fins, faut finir: c’est pas parce que t’as les pièces et que tu vois comment les mettre que ton puzzle il est déjà au-dessus de la cheminée ! Là, le Neness, il met en place un système, c’est proche de l’architecture intérieure: il prend sa cheminée, il colle les pièces dont il est sûr, restent des manques, il veut compléter, mais sans tricher: il n’a pas fait tout ça pour qu’on lui dise qu’il a tout inventé ! Alors les pièces qu’il manque et qu’il rêve, il les dessine, mais au crayon à papier, tout fin, pour qu’on comprenne que là, c’est lui qui finit. Et pour qu’on comprenne bien, il explique tout ! Comment il tient le crayon, et il estompe un peu, comme ça on passe du puzzle au mur tout doux tout calme, il prend son mouchoir pour estomper les contours. Il a fait comme le type du puzzle, Paul: il a eu mal aux yeux, là-bas, un jour qu’il a cru avoir vu un truc, et il se dit qu’il faut se mettre un peu loin, et plisser les yeux, comme ça, on sait qu’on rêve, mais on peut y aller.

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