Au téléphone

Et ma grand-mère au téléphone, qui rit que je l’appelle. Oui, je mange bien, pas toujours d’appétit mais je me force, et toi ma grand-mère ? Elle rigole, c’est plus de mon âge ces choses-là.

La discussion roule entre deux baisers, bruyants pour briser les distances, on sait qu’on s’aime. Pourquoi c’est si dur, elle me demande ? Parce que c’est long, faire un livre sur quelqu’un d’autre, et qu’il faut du temps pour savoir, et pour savoir le faire. Mais tu gardes le moral ?

Pas toujours, ma grand-mère, parfois c’est difficile. Et nourrie de Beauvoir que je relis, en mesurant la distance d’avec mes quinze ans, je me retrouve à lui expliquer ce que ça fait, même et encore aujourd’hui d’être une femme qui fait des études, longues, souvent arides, pour m’arracher, non pas au milieu, mais à ce qu’on m’a enseigné de féminité, et de douceur, de modestie dans mon enfance, et de comment on attend que je le sois, tout en pratiquant l’inverse – c’est une violence contre soi, une thèse si longtemps, et une imposition au monde.

Et elle de me glisser: mais moi, je ne savais pas, tout ça…

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