Nouvelle

C’était comme l’émoi d’une chanson aimée, et qui se lance avec l’aléatoire du bonheur. L. le regardait, encore debout, l’air vaguement frondeur : les premières mesures. Il lui semblait entendre, peut-être d’un peu loin, quelques notes qui montaient en frisson qui la parcourait, dont la conscience ne l’atteignait pas. Il la regardait, assis sur les marches ; se lève, s’approche, se penche et quelques mots passèrent de sa bouche à lui à son oreille à elle. L. N’était pas sûre d’avoir compris, mais certaine d’avoir entendu : c’était la vibration de ses mots qui la parcouraient, l’espace d’un instant qui se détachait et la découpait du paysage, pendant qu’il lui semblait léviter. Le regard vers lui, elle savait ne pas vouloir se perdre, mais le trouver, pendant qu’ils échangeaient quelques mots, de vagues taquineries, des tâtonnements encore à distance. Elle se sentait sereine, et restait inquiète quand ses lèvres s’approchèrent des siennes, échappant de nouveaux mots, sur la prévisibilité de la chose et de la bonne surprise, pourtant attendue. Il lui semblait sentir émaner des lignes mélodiques qui la soulevaient ; c’étaient maintenant ses bras à lui qu’il feignait de ne pas sentir, encore un moment, avant de le saisir à son tour les épaules, le dos, et de froisser, l’air de rien, son tee-shirt, pour voir ce que cela faisait, ce tissu qui se froissait, cette peau qui se dévoilait, ces encouragements qui se donnaient. C’est sans avoir l’air d’y penser qu’elle se cambra, par mesure de rapprochement salutaire, les épaules ouvertes, L. jeta sa tête en arrière pour, un court moment, fermer les yeux et mieux sourire. Leurs haleines se mêlaient après leurs romans, dans sa tête des mélodies explosaient tandis qu’ils ne se promettaient rien, et qu’ils désiraient tout. La caresse de l’absolu glissait sous leurs doigts qui se cherchaient, écartant une couture, ouvrant un bouton, laissant passer un soupir planifiant le confort de l’enthousiasme. Une braguette récalcitrante les amusa en leur rappelant le réel ; deux pantalons tire-bouchonnèrent sur des chevilles empressées, une chaussette s’oublié quand, nus, ils se virent, sans la honte des soirs de jeunesse et des soirées d’alcool. C’est encore en riant qu’ils se retrouvèrent, un coude mal placé, des dents entrechoquées, comme pour mieux leur rappeler qu’ils existaient. C’était une chanson qui se réarrangeait, toujours difficile d’enfiler un préservatif avec grâce, plus encore de trouver son chemin, ménagé par une peau déplacée des mots chuchotés et le souffle retenu. L. sentit qu’elle l’enveloppait maintenant, et dans un confort grandissant ; le souffle coupé, la musique s’était faite symphonie. Un mouvement de son bassin – une taquinerie – la fit se sentir puissante ; son vagin qu’elle contractait en mouvements doux et amples lui donnaient une puissance qui l’amusait, et à laquelle il répondit d’abord par un soupir expulsé d’un sourire, et, continuant ce petit jeu, il lui arrache à son tour le même rire, le même soupir. Ils connaissaient les règles qu’ils partageaient et inventaient l’un de l’autre : c’est une communauté qui se dresse dans ce bref hors-temps. Les reflets de leur peau révélés par un rayon les dévoile plus qu’ils ne l’étaient ; beaux de s’aimer, ils s’oublient, laissant filer un temps qui suit sa propre scansion. Et de la douceur à l’accélération, les choses s’emballent et se précipitent – d’un soupir plus long aux muscles qui tremblent avant de se relâcher. Draps fripés et moites, regards qui voient sans dire, c’est maintenant la nuit qui les enveloppe.

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