Et je l’ai giflée.

Il n’y a pas de sensation de puissance – il n’y a que le pouvoir, réel, celui qui permet de faire plutôt que de ne pas faire, et l’empowerment est la pire des illusions. Pas de pouvoir dans l’indirect des alcôves – s’il faut se lover dans le rose bonbon, c’est qu’il n’y pas de pouvoir: le pouvoir ne se conditionne pas. Se flanquer de deux échasses pour sentir, dans la tension de la jambe et de la voûte plantaire, l’illusion d’un pouvoir, c’est confondre le choix d’une contrainte dépassable et la puissance: c’est aimer se mettre des bâtons dans les roues pour le plaisir de ne s’élancer que le galbe du mollet. Donner du pouvoir à ce qui n’en a pas, se croire maîtresse de sa maison parce qu’on y est enfermé, c’est garder les yeux grand fermés: Et croire que la Beauté rend les femmes puissantes, c’est oublier que les femmes n’ont droit de vie dans ce monde que quand elles sont considérées comme belles – faible puissance que celle d’avoir le droit d’exister sous condition.

La Beauté n’est belle: ce qu’elle met en place, c’est la fuite et la possession. La Beauté est le nom que donnent les artistes et les poètes à l’envie de baise: posséder ce que l’on trouve beau, et gagner en excitation quand cette chose résiste. C’est en plus grand le va-et-vient du sexe qui se reproduit. Condamner les femmes à devoir être belles ou à n’être pas, c’est les faire, et constamment des proies: la froideur des mannequins n’est pas seulement une objectification; elle est obstacle supplémentaire (un exhausteur de désir) à la consommation. C’est bien ce qui explique pourquoi les réputations sont si importantes: elles sont le critère du produit pour happy few (mais personne ne refuse vraiment la junk food: elle est juste planquée). Si la Beauté se trouve ainsi point de tension entre la fuite et la possession, on comprend vite quel rôle joue l’icône de cinéma ou de télévision: la reproduction de l’image entérine autant la possession que la distance – la star déclinée comme les multiples apparitions d’un lointain.

Mais qu’est-ce qui se passe, en vrai et en charnel ? La possession reste dégradation (donc laideur), et elle est dans le même temps impossible, parce que les femmes, même domestiquées, même bonnes Filles-à-Papa et Mères-de-famille, ne sont pas des choses: elles s’agitent ou refusent de le faire, elles se débattent et parfois demandent de jouir, elles ne sont pas d’accord pour que ça passe par là parce que ça passe pas, et elles savent aussi tirer la gueule. D’un côté de l’autre, les tentatives de possession vont du male gaze de la pulsion scopique qui découpe à la séquestration, la réduction au silence (qui garantit l’absence d’autonomie véritable), la cruauté et l’aimable rangement dans des valises multiples.

La Beauté arrive à être à elle-même sa propre réalisation, par sa réduction à la surface: elle fabrique des coquilles vides, désubstantialise, tend vers l’unique survie et tue sur place. Par l’intériorisation d’un but impossible – et nécessairement voué aux cendres de la perte – elle garantit un état psychique clivé, éparpillé – on a bien intériorisé le corset.

N’oublie pas la dureté d’être au monde, et pardonne aux coquettes: elles savent parfois ce qu’elles font.

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