Le goût des bluettes

C’est souvent que je lance un vieil air de rockabilly, un petit Buddy Holly à montagnes russes ou une chanson pop franchement criarde qui crie de l’amour et de la haine – et ces choses-là se font au casque, pour le son et la discrétion. Le goût des bluettes reste honteux quand on prend de l’âge et du titre, sauf à écrire, au faîte de la gloire et de l’indécence, ses Confessions. Les petites bluettes qui s’enchaînent sont du kitsch fait ver d’oreille: c’est une des raisons de leur désamour, cette insistance à revenir.

La ritournelle fonde le gros de la bluette: c’est sa répétition lancinante qui la définit, et dans ses paroles et dans ses retours inopinés. La vacuité de ses propos, une image parfois, rarement deux, et sa portée universelle la font appartenir de plain pied au kitsch. C’est le banal, la petite émotion, l’anecdote qui fondent sa narration: le récit est industrialisable parce qu’universe/al, et sans grande gravité. Ce serait pourtant gravement méconnaître le sérieux de la légèreté que de réduire la bluette aux trois accords de son refrain: la simplicité de ses rythmes et de ses paroles, car la bluette trouve sa valeur dans cette simplicité, devenue si rare. La danse, semi-avinée, semi-collective des fins de soirée le montre: c’est dans la gesticulation que se retrouve quelque chose d’un communicable.

C’est que le bleu des bluettes se nourrit des bosses au cœur et des espoirs retardés, du chagrin qui veut s’oublier, et de la petite ivresse des rencontres.

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