D’un caprice l’autre

Il est banal de reprocher aux femmes d’être capricieuses: c’est là un poncif, qui n’est que la part émergée d’un vieux reproche d’inconstance – la traduction en temps du reproche d’irrationalité. Le caprice est pour les enfants – et il revient à mesure que l’on fantasme des « enfants-rois », de les avoir pris pour des personnes.

Google images est éloquent: une bête recherche démultiplie les photos de femmes, dont certaines ont même ce défaut pour prénom; et des enfants. Quelques reine et princesse d’outre-Manche, mais le caprice est tout aussi négatif – on retrouve là quelque chose de la condamnation des femmes bourgeoises par les hommes (et quelques femmes) de gauche, épinglée par Christine Delphy. Devenir un homme adulte permettrait d’éviter tout risque de caprice – il ne reste alors plus qu’à supporter ceux des autres, constamment relégués dans les marges de l’altérité un peu pénible à vivre.

C’est bien d’altérité qu’il s’agit: la rationalité des uns ne saurait être partagée. Le caprice prend ainsi l’allure d’une crise, mais en mode mineur: logique pour les femmes et les enfants. Il n’accède pas à la dignité de la colère, ni ne peut se prévaloir de l’organisation des souhaits et des projets. Il reste pourtant charmant, quand il ne crie pas en se roulant par terre, mais qu’il insuffle un léger imprévu – choix d’un restaurant, tant qu’il ne convient, d’un tapis, tant que ce n’est pas un sacrifice. Le caprice est ainsi une des rares modalités qui permette d’exprimer leurs désirs et leurs volontés, ni vraiment durables, ni franchement sérieux, et probablement liés à une sorte d’inconstance physiologique. Si l’absence d’écoute, ou sa moindre qualité, peuvent en expliquer les formes et l’apparente imprévisibilité, le caprice reste une concession faite aux femmes et à leur nature (les caprices des enfants, plus bruyants, doivent eux être domptés). Toutes les femmes ? Elles semblent bien inégales: le caprice est bien un luxe, non dans son objet, mais dans son origine – il nécessite d’être jeune, jolie ou charmante, si possible idiote, du moins en apparence. C’est que le caprice ne repose que sur le présupposé d’un intellect et d’une autonomie moindres, auquel quelque grand seigneur saura répondre en sortant sa carte bleue. Le caprice représente ainsi la négation de la volonté – son déni.

Si les caprices de quelques femmes reste toléré, c’est que le coup de tête qu’il suppose laisse attendre un coup de rein désiré: l’expression de petits désirs entre alors dans un jeu de séduction, où la désirabilité se mesure et se règle comptant. L’achat imprévu, la babiole désirée ouvrent la possibilité d’une toquade, qui rappelle les cocottes du Second Empire: dans le caprice, récompensé comme reproché, c’est quelque chose de la petite ballerine entretenue ou de la Sugarbaby qui se rejoue – la ridicule marge de manœuvre qu’entretient la misogynie, avant de replonger la tête dans la baignoire.

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