Disparitions, encore

Les portraits de femmes qui défilaient, égrenés au long de la journée, lui donnaient parfois l’impression de les connaître. Il n’avait plus l’habitude de voir tant de femmes, surtout depuis la disparition de L. ; il sortait peu, et les femmes moins encore. Les quelques indices que recelaient les quelques papiers étaient souvent maigres, quoiqu’accompagnés de photographies : les sourires en succession se répondaient, sans que les visages soient semblables, ni que des points communs se dégagent. Parfois, M. restait fixé sur un visage, en cherchant dans le dessin des traits une explication ou un lien qui, au-delà du manque qu’il sentait se creuser et s’éloigner en lui-même, le rattacherait encore à ce qu’était L. – et, parfois, de voir ces visages il en oubliait le sien.

Les données qu’il recueillait, âge, profession, quand elles en avaient, déplacements éventuels, que leur croissante rareté l’amenait à supposer systématiquement mentionnés quand ils étaient mentionnés, relations conjugales, parfois familiales, rarement des occupations, souvent des numéros à appeler et, toujours, le rappel des dernières localisations enregistrées. Plusieurs de ces femmes semblaient, comme L., avoir disparu sans leur appareil, le laissant derrière elles dans des appartements vides, d’autres avaient disparu corps et biens – et M. reprenait, l’une après l’autre, ces coordonnées pour les placer sur la carte de la ville, cherchant dans le tracé, puis la ville parcourue, l’ombre de L.

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