Course.

Une fois descendue du bus, elle commença à traverser la rue, plutôt vivement, jusqu’au moment où un homme, qui arrivait en face, l’interpella. Elle tourna machinalement la tête, et poursuivit: l’autre la regardait qui partait, étranglé de fureur, gesticulant les bras au dessus de sa tête. Cela ne l’empêcha pas de continuer jusqu’à la rue suivante, un autre homme en colère se retournant sur son passage. Elle fit ses courses, sans ralentir le pas: devant l’étal de fruits et de légumes, devant les primeurs indolentes qui s’allongeaient dans une sensualité complice, elle s’imposa dans la file d’attente – pas de cris, mais un regard courroucé la suivait, alors qu’elle pesait quelques denrées. Les allées du supermarché lui semblaient s’offrir dans des perspectives fantastiques: le carrelage résonnait sous ses pas quand elle fit, d’un pas de côté, un léger écart pour respecter la trajectoire d’une grand-mère filant droit vers les condiments.

La valse des chariots ne ralentissait qu’à peine sa course, qui cartographiait la supérette; l’essentiel de sa soirée dans un sac en tissu, elle attendit son tour pour un paiement prétendument automatique, dans le souffle et les ruminations d’un quinquagénaire trop pressé.

Une réflexion sur “Course.

  1. Ping : On se lève. – ex cursus

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