Ces minorités qui comptent.

On parle, bien souvent, des populations minoritaires, souvent pour désigner les forçats des confins des villes, les damnées des cuisines ou les relégués de toutes sortes. La qualification semble évidente: on voit que des noirs, des arabes, des femmes (de toutes origines), il y en a peu quand on parle de pouvoir, quand on regarde la télévision ou quand on lit les journées: c’est qu’ils et elles sont peu, si ce n’est peu de chose. Parler de minorités donne l’impression qu’être homo, ce n’est pas représentatif de rien du tout, avoir des parents nés ailleurs – surtout si on le voit –, c’est correspondre à une vérité statistique moindre, quand ce n’est pas négligeable, et les femmes, d’ailleurs, on ne les voit plus du tout, enfermées qu’elles sont dans leur cuisine, surtout quand on regarde depuis la salle de réunion d’une grande administration ou celle d’une rédaction – à l’heure où on ne fait pas le ménage, bien sûr.

C’est que les minorités sont minoritaires, et ne comptent pas, ou du moins moins, en tout cas dans le système électoral indirect – et il faut bien du temps pour accéder au droit de vote, 1945 pour les femmes, la naturalisation pour d’autres. La démographie impose son évidence statistique; il peut alors y voir un vote des femmes, un vote des classes populaires et, ô horreur, un vote communautariste – heureusement endigué par les lois de la République et le découpage des circonscriptions électorales, comme par l’abstention, finalement représentative de la majorité silencieuse, si souvent ventriloque dans la bouche des éditorialistes.

Reste que le compte n’est pas bon: le seul cas des femmes, minoritaires à 52% de la population, pose problème et équation. La minorité n’est peut-être pas tellement statistique, mais statutaire: est considéré comme minorité ce qui est minoré (amoindri), voire placé en situation de minorité – sous tutelle. Le Code de l’Indigénat, la non-accession au vote (non que j’y croie à toute force…) des extra-communautaires (c’est-à-dire, ceux et celles issu·es des anciennes colonies, cette fois en majorité), le statut de minorité des femmes (dont on retrouve des traces dans la fiscalité française, qui scrute les revenus d’un supposé conjoint, forcément généreux, au mépris de toute illusion d’autonomie économique, que ce soit dans les calculs de la CAF ou de l’AAH), sont les symptômes de cette mise sous tutelle institutionnelle, pour une part passée, pour une autre bien présente. C’est qu’être dominé·e, c’est ne pouvoir compter que sur soi.

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