Cantations – en reprise.

J’ai mis du temps à me retrouver un visage. Il m’est longtemps arrivé de le peindre, chaque matin, en façonnant l’image que je voulais être – juste une image. Il restait quelque chose que j’espérais iconique, lointain – un visage pour celui que j’avais perdu.

Rarement j’ai pu me sentir un corps, quand d’autres s’en occupaient; on me disait fantasme; je me voyais fantôme, et je rêvais d’une vie sans tessiture. Il n’y avait que la douleur qui me ramenait, d’une épingle qui, en retenant mes cheveux, donnait l’impression de fixer un sourire à mon crâne – il ne restait que les marches nocturnes pour me sentir en apesanteur. Je n’osais pas rêver; pas même espérer. Je vivais sans conscience, dans l’effroi de toute chose, habitante d’un film d’horreur dont j’attendais le tueur. Impossible alors de retrouver une quiétude dans l’ombre des murs, ou dans celle des secrets: je les voyais remonter, un à un, comme autant de ballons – ou de cadavres.

L’incroyable retenue du monde, saisie dans l’opacité de sa matière, me gardait en elle, pendant que je regardais le grain d’un papier, la densité d’un boulon. La pensée du vide entourant les atomes achevait de m’identifier – je me rêvais monade en dehors. Je craignais que derrière chaque masque se révèle une autre figure, que je ne pouvais supposer que dangereuse, quand je regardais le grain des peaux – qui sait quels mondes pouvaient s’y blottir. Le monde ne pouvait s’épuiser, quand tout mon être se tendait vers cette quête de l’infirme : je ne percevais en ces vides que gouffres, abîmes et blessures, comme un être qui geint et se terre. Rarement la pensée ne m’aura aussi peu sauvée, dans la noirceur de nuits sans espoir, dans l’éclat de jours trop crus, et dont le sentiment d’atroce vérité m’éclatait.

Il me restait les petits gestes, comme autant de d’accroches au monde, les routines apprises, les devoirs sus, pour mimer une permanence aux choses – et à moi-même, dans le froissement du monde.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s