Aux confins.

Et on se surprend à rêver, parfois, de ce à quoi ressemblera la fin du confinement. L’étrange angoisse qui nous saisira quand nous pourrons ressortir, après avoir laissé nos rues à la police et à l’armée, à l’air qui nous semblera soudain plus froid, à la distance qui se sera installée avec ceux et celles que nous embrassions sans crainte. Quelques pas vers les supermarchés, peut-être, plus sûrement vers les terrasses – il risque d’y avoir du monde dans le métro, et celui-ci paraîtra d’autant plus bondé qu’on l’avait oublié. Quelque chose errera dans les rues, avec du monde, mais la crainte laissée dans les draps pliés dans les placards risque de nous accompagner – avec la découverte de cadavres dans des appartements vides, et le décompte des urnes funéraires.

On ne voudra pas déjà penser au travail qui nous rattrapera, et l’impression d’un temps gâché par la peur et la maladie risque de nous saisir – comme les doigts de l’angoisse la nuit. On repensera aux moments que nous n’avons pas vécus, les obsèques lointaines, les étreintes craintes – et le bronzage de quelques-uns nous fera d’autant plus pâlir.

On en parlera comme d’une drôle de période, où s’est perdu le goût de s’agiter aux fenêtres, comme l’habitude de sentir le sang circuler dans nos jambes — et on aura oublié de prendre de la place, en sortant de nos petits appartements.

Il deviendra difficile de parler avec beaucoup de monde à la fois, mais certains crieront fort, pour oublier leur solitude – et peut-être qu’ils auront crié sur d’autres qui se taisaient. Qui sait, d’autres encore chuchoteront, et quand on se demandera où on était, pendant, en en parlant sans en dire le nom, beaucoup auront honte d’avoir pu rester chez eux.

La gentille caissière réapparaîtra après des mois, livide derrière sa caisse, et on n’osera plus lui demander comment elle va – la vieille voisine, on ne s’en rappellera que longtemps après, en parlant à la boulangerie. On se demandera, comme on se demande, si tout va bien, et on parlera parfois plus bas – d’autres, on ne pourra qu’imaginer ce que l’on voudrait leur dire.

 

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