Aujourd’hui.

Aujourd’hui, ma chienne est morte, partie doucement comme tombe le soir les jours de pluie, confinée sur les genoux de ma mère, à un autre bout de la France. Elle n’est pas morte comme une rose, et elle ne la sentait pas non plus: il y avait déjà longtemps qu’elle ne chassait plus que les ombres de ses rêves, laissés ininterrompus derrière ses yeux aveugles.Elle ne savait plus ni l’odeur ni le son des choses, qu’elle rencontrait erratiquement – et sa dernière fête s’est jouée à quelques centimètres de ma jambe, ses pattes  déployant le vide. Je l’avais vue qui naissait et qui faisait naître, presqu’une génération à se tenir sur mes genoux quand je lisais, dans mes jambes quand je marchais – hors les mollets des cyclistes qui passaient, mollets toujours espérés, jamais goûtés.

Il m’est difficile de la pleurer quand les journaux télévisés sont pleins de pleurs des autres, dans le silence des reportages; c’est le sanglot, retenu, de mon grand-père, me disant qu’il l’a pleurée – elle est comme moi, cette chienne: vieille et dans le fauteuil.

La pluie se prépare à tomber sur les volets; il manque au grand-père une petite chienne pour ses siestes.

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