Réveil difficile

Réveil difficile dans une matinée placée sous les auspices d’une météo peu clémente – mon anémomètre s’agite sous les bourrasques de vent, j’en ferai le relevé plus tard. La lente montée de l’eau dans le café en poudre me rappelle un alambic – la pince du café a disparu, engloutie par le désordre de la veille – et de l’avant-veille, et des jours précédents – laissés sur la table. Le café achevé, j’en entame la décantation dans une longue attente mâtinée de torpeur, à peine éclairée par l’ampoule intermittente du frigo laissé entr’ouvert.

La disparition de la pince me plonge dans un abîme de perplexité, dont je ne parviens à sortir qu’à grand-peine et grandes questions: où a-t-elle pu passer ?
J’explore avec acharnement les différentes perspectives qu’ouvrent cet événement extraordinaire. S’agirait-il d’un simple oubli, acte manqué révélateur, à mon insu, des abîmes les plus insondables de mon cerveau ? La pince, alors déposée dans un endroit quelconque, signalerait sans doute ma volonté de ne pas, de ne plus pincer, en pincer, dans la recherche effrénée d’un oubli de moi-même – contre lequel je lutterais en parcourant des yeux le plan de travail envahi  et en forçant mon réveil par injection caféinée. S’agirait-il d’un quelconque animal farceur, introduit dans mon logis par ruse, et riant de mon égarement ? L’absence d’éternuements, qui auraient signalé une allergie à un quelconque pelage, me rassure, comme le fait que je vive sur un parking de supermarché. Serait-ce que je parcours, sans m’en rendre compte, une autre dimension temporelle, une dimension dans laquelle je n’aurais jamais eu de pince pour mon sachet de café ? Mais le souvenir m’en aurait alors été ôté, souvenir émerveillé de la praticité des ustensiles de cuisine moderne, depuis mon fouet électrique jusqu’aux ampoules de mon réfrigérateur.
La chose en était donc assurée: il ne pouvait s’agir que de cette dernière hypothèse, longtemps repoussée: le désordre de la table de cuisine avait pris vie, et il commençait à s’alimenter en ingurgitant les menus objets qui se trouvaient à sa portée…

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