13 novembre.

Il ne m’a jamais été tellement possible de ne penser au 13 novembre que comme une journée, réduite à sa nuit la nuit la plus noire – c’est trois jours, au moins, qu’il lui a fallu. Il faut dire que l’année l’avait bien préparé, ce vendredi 13 à manger du chocolat – le film que je voyais, je l’ai oublié, mais il y a eu une cigarette fumée à genoux à la fenêtre, terrorisée par les annonces de fusillades dont bruissaient les réseaux sociaux. Le 13 novembre, ça a signé pour pas mal de gens de Paris la découverte du bouton Safety Check de Facebook – et on a attendu quelques longues confirmations – le souvenir de janvier, avec la peur qui s’en était pas allée, la pensée que, quatre jours avant, j’étais mal assise dans cette même salle, toute coincée derrière la sono près de l’entrée, la grande Nina en cadeau pour moi-même – les Eagles, il aurait voulu les voir, ça s’est joué à un billet de train trop cher.

Ça a duré trois jours de terreur et d’angoisse, BFM en quasi continu pour essayer de savoir, de comprendre – trois jours à chercher les noms de mes étudiants sur les listings qui s’allongeaient – je pensais aux musiciens que j’avais enseignés l’année d’avant. Trois jours où, un mail, deux fois, a annoncé la mort d’un collègue – à peine croisé, de très loin, mais dont le proche reste douloureux. Dont l’un était le nom que cherchait, depuis 24h, mon beau-frère – avec la fiancée aux urgences, il a dû le lui dire. La peine, chaque année renouvelée, de ce jeune docteur parti à Paris juste après la cérémonie de remise des diplômes, et qu’on pleure tous les ans depuis. La copine, revue parce que ça, qui, un billet en poche, était en retard et n’a pas pu sortir du bar tout proche de la salle. Trois jours où il a fallu ensuite revenir en cours, et parler de ce qu’on ne pouvait pas dire, pas encore, et je n’y arrive toujours pas. Le colloque, le premier que j’organisais, qu’on a maintenu sur pieds, et pour lequel on m’a reproché, en ayant tout oublié, de ne pas avoir posé assez de questions.

La tristesse, ensuite, des années après, en racontant les attentats à ceux de Bordeaux, de voir qu’ils n’avaient pas de souvenirs si notables – ce moment où j’ai compris que je commençais à être, un peu, de Paris moi aussi.

Le 13 novembre dure longtemps.

3 réflexions sur “13 novembre.

  1. Ça me paraît presque improbable que les gens n’aient pas de souvenirs notables de cet événement.

    Après il y a toujours une différence quand on a vécu les évènements de très près (trop près) et lorsqu’on a vécu les évènements par les médias et de très très loin.

    J’espère que vous allez bien, tout de même.
    Courage

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