L’ombre pour la proie.

Elle a lâché l’ombre pour la proie, et c’est maintenant qu’elle connaît la tristesse des réalités, l’amertume des détails et la certitudes des secrets glissés entre deux portes. C’est son impression que je retrouve, parfois, en laissant sur la table mon cahier pour l’eau – pas celle du delà, mais de l’évier aux éclaboussures de vaisselle.

Un rêve.

Des rêves cette nuit d’un sommeil profond. Un sentiment de honte, d’autres ensuite: une visite de groupe, l’impression d’appartenir à une classe, toujours avec ce sentiment d’en être à côté. On était là pour visiter les cimetières marins, en étrange réalisation du poème.

Nous avancions, moi un coup à l’avant, un coup à l’arrière, une murette se dessinait sous nos pas, et avec l’eau qui l’immergeait, déjà sûrement – mais l’eau était chaude, à l’exacte température de l’air, et je ne sentais aucun écart entre l’eau et l’air, ni même n’avais la sensation d’être dans l’eau.

La colline montait, et le niveau de l’eau aussi, quand je vis apparaître les premières croix, comme surnageant au dessus de la ligne des flots – l’eau était calme à pouvoir se tenir sur le côté. Plus loin, en avançant, nous vîmes un mur (c’était la lisière du cimetière), et nous marchâmes dessus (j’eus cette pensée: le mur se fait chemin), et j’en voyais qui l’escaladaient. Plus loin, l’eau, vaste et plane, et sans fond. J’ai le vague souvenir d’entrevoir ou de comprendre une histoire de barrage; sous nos pieds, dans le soleil chaud, les pierres tombales qui, parfois, flottaient – et la peur de voir remonter, sous le soleil, un cadavre.