D’avoir marché.

Parfois remontait la sensation de la marche, quand L. sentait ses genoux devenus plus raides – le plus souvent dans ses rêves. Encore une chose qu’elle avait perdue, et elle ne pensait même plus au lointain souvenirs d’avoir gambadé dans des prés, quelques coquelicots, l’herbe drue qui piquait ses jambes. L. ne levait plus la tête pour regarder l’horizon, ses yeux lui semblaient myopes du flou qu’ils gardaient, même après avoir quitté l’écran, même quand la vaisselle était finie et qu’un refrain se perdait sur ses lèvres.

L. voyait plus loin, parfois, quand elle entendait roucouler sur le toit, juste au-dessus de la cuisine – plus d’animaux, mais parfois, le soir, le métro aérien faisait vibrer le zinc pour lui rappeler les pigeons qu’elle ne voyait plus dans les rues – elle empruntait d’ailleurs rarement les rues.

Un souffle revenait chatouiller ses mollets, découpant la chaleur épaisse de la nuit, la lourdeur de ses jambes qui restaient debout devant l’évier pliées à son bureau – deux heures de gym en ligne pour ne pas se laisser aller, pendant les vacances. La lourdeur de la soirée lui étreignait le crâne, malgré la fenêtre ouverte, et L. sentait que son souffle viendrait heurter quelque chose, si elle osait soupirer.

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