La douceur.

Et au fond d’L., elle sentait parfois mourir la douceur, comme elle pouvait encore la faire palpiter, les jours où l’air était tiède, et où L. avait pu croiser un toutou dans le couloir de son immeuble, ou qu’L. apercevait un chat se glisser le long d’une gouttière. L. regardait par la fenêtre, sans voir ni chat ni même le bitume de la rue. Il ne restait plus grand-chose en elle de cette douceur qui lui permettait d’habiter le monde, même en toute discrétion, depuis leur petit appartement, et de ce qui lui rendait possible l’attention à ses élèves, qui lui semblaient maintenant toujours plus lointains. L. revenait au dessin laissé par les traces de la pollution urbaine sur le mur d’en face, des coulures comme des larmes, larges à leur sommet, étroites à leur base. L. les voyaient comme l’ombre de flèches pendantes, lui indiquant une chute qu’elle ne voulait pas, et qui résonnait pourtant avec la lourdeur qu’elle sentait s’installer en elle.

L. ne sentait pas vraiment la froidure de la nuit s’installer; elle n’eut qu’un frisson à réprimer, ne sachant plus s’il lui venait de la tristesse qu’elle réprimait ou de la colère qui montait. L. se dit, assez naïvement, que la colère n’est jamais que le vêtement de sortie de la tristesse, et qu’il était inutile de regarder plus profond en elle-même si la tristesse avait d’autres noms – ce qu’L. savait, c’est que la douceur rendait ses derniers soupirs.

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