D’autres amies.

Souvent, je pense à L., que je ne connais pas, mais que j’imagine, seule, dans sa cuisine, à regarder la pluie tomber sur les toits. Et je pense aussi à d’autres femmes, parfois des personnages, parfois qui auraient mérité de le devenir, pas toutes hautes en couleurs, et certainement plus hautes que les trois pommes de convenance – des géantes ratatinées, en voix et en silences, dont parfois je ne comprends les mots qu’aujourd’hui – et j’attends demain.

Elles n’ont pas toutes été mes amies, n’auraient pas pu pas voulu, ou ça ne s’est pas fait, et parfois je pense à elles qui auraient pu le devenir – parfois, c’est trop tard, et je garde juste une phrase, même pas très attestée, dans laquelle se recèle tout le trésor caché de notre amitié.

Il paraît qu’on n’a pas d’histoire mais qu’on en fait; ce ne sont pas tellement les romans que j’imagine, mais des éclats de voix de rire dans des cuisines, parfois à des terrasses ou sur les berges des fleuves qui se déroulent, lentement, dans les soirs d’été. Je ne demande pas ou peu d’histoires, juste ces moments où l’on se raconte et où l’on se tait, où l’on échange nos douleurs en se marrant, en inventant les engueulades qu’on aimerait savoir tenir, et ce que l’on pourrait avoir dit, quand il le fallait. Bien des amitiés virtuelles nourrissent la vie de L., seule dans sa cuisine, quand elle regarde les toits et qu’elle écoute la radio, où d’autres voix de femmes lui parlent d’autres femmes, pas si loin, dans d’autres cuisines, avec ou sans radio, la rage au ventre le soupir aux lèvres, l’envie d’en découdre et de rire un bon coup des malheurs du monde et des cuisines et des chambres aux portes fermées jamais pour soi. En pensant, souvent, à celles que j’ai croisées, ou que j’aurais aimé rencontrer, c’est un autre fil qui découd celui de l’histoire dont on n’est pas, une vaste tapisserie nouée par des mains de femmes, qui oublient les pieds d’hommes qui la fouleront, avec les mots et les rires et les larmes échangés pendant le vaste travail aveugle.

Comme cette femme doit rigoler, puisqu’elle m’a inventée.

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