Le corps et l’esprit.

Il est courant d’opposer, à la violence physique subie par les femmes – que l’on désigne toujours par en la résumant par ce substantif, qui pourtant en efface la substance, les tuméfactions comme les fractures – à cette violence qui serait toute féminine: la violence psychologique. Comme si la (les) violence(s) physique(s) n’étaient pas précédées, suivies et accompagnées de violences psychologiques – continuum de la violence, qui rend les coups possibles en construisant leur impunité; comme si les violences physiques n’étaient pas, par elles-mêmes, des violences psychologiques – comme si une mandale dans la gueule pouvait éviter d’abîmer l’âme.

Cette distinction permet une fausse symétrie: s’il y a des violences d’un côté, oh la la, quelle fourberie dans cette violence psychologique, toujours rappelée quand les statistiques sont sur la table, ou qu’on demande ce qu’elle a bien pu lui faire, pour qu’il lui fasse ça – qui serait donc une réponse à une violence si inimaginable qu’il faut la mentionner en permanence. Cette fausse symétrisation joue des stéréotypes les plus éculés, ramenant les femmes à leur fourberie ontologique, au moins depuis Ève, qu’il faut bien calmer et cadrer et cogner – juste réponse, somme toute, dans une équation qui semble limpide.

Le compte n’est pourtant pas bon, et c’est en en donnant l’illusion qu’il peut perdurer: il ne fonctionne qu’en escamotant (les violences psychologiques que sont les violences physiques) et en délégant, les unes aux unes, les autres aux autres. Cette apparente symétrie est un mythe; elle est aussi révélatrice d’un autre escamotage – l’âme des femmes. Si elles sont capables de violences psychologiques, ces furies ne seraient pas capable de les ressentir – ultime fourberie, de se débarrasser de leur âme pour abîmer celle des autres ! Et qui les ramène, une nouvelle fois, toutes à leur corps sans âme, comme si la dissociation se trouvait là être prescrite, avant d’être réalisée. Rappeler les supposées violences psychologiques qui seraient spécifiquement féminines, c’est nier celles qui sont faites aux femmes, et leur apprendre à encaisser les coups – sans en tenir les comptes.

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