Au dentiste.

Y a pas à dire, ça faisait longtemps que j’avais pas été au dentiste, que je me dis dans le métro du chez moi – ça aussi, ça faisait longtemps, le chez-moi. Une bibli avec un lit dedans, une petite plaque pour le café – faut bien avoir des raisons d’aller s’endentister.

C’est pas que ça me manquait, je me dis, d’ailleurs je l’ai dit en partant – ça ou la gynéco, mon corps balance, mais imagine les deux en même temps, et vice et versa, en tout cas, niveau fauteuil ça roulerait, surtout des yeux. Faut que je file, que je me dis dans l’ascenseur, et encore trop de monde à la poste, et après passée en covidie – un souci pour plus tard. Je file je cours, un peu d’avance, ça fait pas de mal, surtout quand en fait on n’est pas chez le bon dentiste, et maintenant, s’agit de le trouver, mon téléphone et moi, pauvre petite âme éparse à chercher le nom des rues.

Je trouve pas, jusqu’à voir de grosses dents sur une vitre – soit c’est un donjon, soit j’y suis, et va savoir ce qu’on y fait la nuit. Pas de grossesse, qu’on me demande ? Et moi de m’en vouloir d’avoir mangé un peu vite: ni passée, ni présente ni prévue ! et quasi au garde-à-vue, tout le monde rigole, suis vraiment pas prête de me faire appeler maman.

Y a du monde mais de la place sur le canap’, bim je m’assois, bim radio, bim c’est parti – et vlà le dentiste qu’a l’air de sourire sous le masque, en tout cas vaut mieux se le dire, et je suis le docteur X, qu’il me sort, moi, en confiance: et moi la doctoresse Y, j’ai vraiment pris la confiance, n’empêche qu’il rigole et à nouveau je m’assois, le masque tombe et c’est parti.

« Suis dentiste, mais j’aurais voulu faire psy », qu’il me lâche en plongeant ses doigts dans ma gueule, et moi, comme à la fête foraine, de cramponner mon fauteuil. « Vous ne seriez pas un peu crispée ? » – tout va bien, tant qu’on ne m’attache pas, je me dis, en balbutiant que j’ai eu train le matin, pis c’est difficile, monsieur l’agent, y a mon père qu’a le cancer, et la vie, patatrac, tout le monde a ses petits malheurs !

Ça râpe et ça claque, du bazar dans la mâchoire et du rififi dans les gencives, « on sent que vous êtes littéraire », avec moi qui me fait honteuse de mes cafés et de mes cigarettes – ah non, c’est pour ma dégaine.

Les doigts dans ma gueule, les dents à pas le droit de mordre, et qu’il continue: « Je sens qu’il a dû vous arriver des soucis ». Ses doigts dans ma gueule et des sanglots dans mes mots, me vlà à cracher ma bave et mes horreurs, en me faisant toute petite dans le grand fauteuil.

Et va encore falloir retourner à la poste.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s