Le polisson de Papa.

C’est à la fin de l’été qu’on a appris que Papa couvait un polisson. Il grandissait en lui, avec plein de symptômes étranges, qui rappelaient de temps en temps qu’il était dans Papa. On ne le voyait pas bien, même quand on prenait des photos – et nos souvenirs, on a commencé à les trier, petit à petit, et à s’en créer d’autres.

Y avait pas grand-chose à en dire, alors on en a beaucoup parlé, pour le comprendre et l’apprivoiser – et savoir comment le garder au chaud, quand on a su qu’il n’éclorait que, comme le nénuphar de Chloé, dans l’écume de nos nuits. On ne lui a pas donné de nom, on en parlait parfois en couvrant nos mots, comme on couvre les cendres auxquelles on revient, et on en blaguait — une fois, je l’ai même engueulé, le petit polisson, pour lui faire peur, et qu’il vienne pas à prendre la confiance.

Le matin, je demande à Papa comment ça va, et dans ma question, y a celle qui veut savoir comment se porte notre farceur, avec cette idée compliquée que lui va moins bien quand mon père mieux, mais que ce n’est pas bien précis non plus, juste qu’on ne peut pas savoir tous les matins, quand Papa se lève, ce qui se lève avec lui.

Tu parles d’une couvade, le polisson de Papa, et que je regarde ses yeux pour voir son âme et si le polisson a fait des polissonneries, mais qu’on se force à l’oublier, le reste du temps, sinon pour faire des blagues – c’est pas le seul farceur de la maison, et y en a un qui me doit dix ans de vaisselle, maintenant !

Il paraît que ce sont les blagues les plus courtes les meilleures – je n’en suis pas si sûre.

[écrit le 05/03/21]

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