Silence dans la cuisine.

La voix de Madame D. s’était tue, et elle continuait à écouter quelque chose qui ne parlait plus, comme une voix qui restait de l’ordre d’un souffle. Les mots continuaient à résonner, pendant qu’elle sentait qu’en L. la colère avait monté, à ses poings crispés, à l’envie qu’elle avait de mordre, à la vaisselle qu’elle aurait voulu briser. Elle pensait à l’eau savonneuse qui refroidissait dans le bac de l’évier, et au lit qui grincerait quand M. viendrait la réveiller, parce qu’il voudrait ou ne voudrait pas, et L. pensait au travail qui l’attendait, en plus de celui-là qui ne comptait pas. Elle repensait aux premières fois où elle avait vu M., ne le remarquant pas avant de s’y intéresser, et de porter le crachoir comme d’autres tiennent la chandelle. L. sentait ce que lui avaient coûté les efforts fournis pour son confort et pour son plaisir, les lourdeurs des attentes, et le rapide effacement du plaisir que lui procurait son regard.

Les antennes du toit d’en face se détachaient dans le contre-jour, et leurs ombres laissaient, sur son lino, de grands barreaux.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s