Ta douleur.

Entre mes mains, je sens ton dos qui se courbe, anguleux de ta maigreur, toi qui te fait tout petit, moi qui écarte les bras, tes côtes sous mes doigts, alors que je te frictionne – cette chaleur qui te fait du bien. Et je te sens, blotti non comme les oiseaux de mauvaise augure, mais comme ceux que l’on retrouve hors des nids, sans envol, même pas rampant, courbé autour de ta douleur, le visage qui se creuse et le dos qui s’arrondit, et moi je te blottis entre mes bras, sans oser serrer tout juste te caresser, ton corps qui était si grand et qui me faisait si peur quand j’étais si petite, et toi fragile sous ma poitrine de dame, à te serrer comme on serre les enfants que je n’ai pas, l’enfant que je te suis. Je ne peux que te demander, tout doucement, si cela te fait du bien, ces câlins que l’on a si peu échangés, sauf parfois pour me consoler, et je me trouve à tenter de la porter avec toi, cette douleur qui grandit dans ton ventre, la peine que me fait la souffrance que tu ne dis que par tes traits, quand tu attends que la morphine s’agite et te laisse en paix. Et il y a moi, sur ce canapé, à attendre que peut-être elle passe, ta douleur, qui ne me fait mal qu’en couvade et de si loin quand je voudrais porter cette croix-là avec toi, dans le petit souffle que donne l’espoir d’aider à ce que personne ne peut – et je vais préparer le repas, pour que tu manges un peu.

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