Trois mois.

Et deux ans, le lendemain, pour le Papy qui nous a lancés dans le tunnel, lui aussi trois mois avant, et que tu es allé voir presque toutes les semaines dès que tu as su, et pour lui aussi on a eu cette certitude idiote qu’on aurait encore du temps, des bouffes à partager et Noël en famille, parce que tout cela reste imaginable, mais de loin, comme de ces idées avec lesquelles on joue, pour les reposer plus loin.

Trois mois la semaine dernière, et je crois que je commence à peine concevoir que ce ne sont que les trois premiers, et que bientôt je ne compterai plus, en tout cas plus en semaines, et c’est drôle, parce qu’on avait compté en mois, et je t’ai dit qu’on comptait en semaines pour cinq jours, et les choses se dilatent à l’envers, de tout ce qui se fait parce que tu n’es plus là, et qu’il faut qu’on continue, que t’aurais préféré ça, et que de toute façon, tu as fait ce que tu as pu pour nous consoler avant, ce jour sur les marches de la terrasse, maintenant c’était la veille de ton hospitalisation, toi sur les marches qui viens t’asseoir avec moi, là où je me suis presque toujours assise, l’ordi la clope et là mon père à côté, à faire le clown pour me faire marrer parce que tu savais bien que je m’étais cachée pour pleurer. Trois mois et je raccroche à moi ces marches, même s’il fait froid et qu’il faudrait arrêter de fumer, et peut-être, ça aussi un jour, arrêter de te pleurer, t’aurais pas tellement aimé le chagrin que ça laisse, quand tu n’es plus là.

C’est pas si mal, les transports, ça laisse le temps de laisser couler un peu de peine des lunettes au masque, quand le RER démarre trop tôt quelque part d’une banlieue à une autre – y a des moments tristes comme des quais de RER en hiver, t’aimais me dire, pour te rapprocher un peu depuis le Sud, comme quand on avait comparé mon navigo à ta vieille carte orange, pour me consoler de la fatigue des souterrains.

Y une C4 que j’ai vue qui rejoignait l’horizon, depuis un balcon, en entendant la sonnerie du début des cours, et de ces nuits où je me dis que j’aurais dû te retenir, comme s’il y avait de la magie ou des âmes, et que l’amour pouvait intimider le cancer des papas.

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