La voiture de Papa.

Elle ne démarre plus, la C4, on m’a dit, et je n’avais pas réussi la dernière fois – la vieille C4, pourrie comme toutes les voitures de Papa, avec ses bottes et des claviers et des composants encore plein le coffre, on va le vider aussi, quand je redescendrai, mais d’abord, je resterai, quelques minutes, seule dans la voiture de Papa, un peu près de lui.

Mon père qui est aux vieux, je me dis, d’avoir dit et aux oncles et à Mamie, toute l’année, que oui Papa avait un cancer, et que oui, il allait mourir – et une fois je me suis énervée, que non, c’était pas marrant, mais de devoir le répéter et de l’accompagner, quand même imaginez, quand fallait être avec Papa qui savait, et lui expliquer, et préparer aussi la vie d’après.

Mon père qui est aux cieux, je me dis en rigolant mal, de la cendre au cendrier, surtout, dans l’urne qui porte son nom, pas un pet d’âme dans nos utopies, et qu’il était beau, Papa, quand il mourait et que je le lui ai dit, et ne t’inquiète pas Papa, et je suis là, je reste, même si je vais pisser ou fumer de temps en temps, je suis là.

C’est si dur, d’avoir eu Papa pour nous élever ensemble, et la tension si basse maintenant (8/6, comme la bière), de devoir le détacher de moi, même si je peux, et de regarder ce chagrin, en pensant à la voiture qui nous ouvrait des horizons de parole, bien avant que je me glisse avec lui pour le notaire, pour Papy qu’est mort, et l’église qu’on détestait avec, et l’idée du bon dieu à nous emmerder, mais son cancer et Papa à accompagner pour préparer Papy, deux ans qu’on enchaîne la route et parler sur la route – et maintenant on va revendre la voiture.

J’ai pas bien aimé conduire en famille, et les retours de chimio toute l’année, à ne pas freiner pour pas débrancher Papa, et peur de son regard, et lui avant qui conduisait, jusqu’à ce que moi, derrière le volant, je le regarde, courbé dans son manteau rouge, partir pour la clinique.

Fallait pas pleurer au volant pour ramener la voiture, et pas trop en m’arrêtant, et juste seule, les deux-trois heures de maison vide, qui m’entrainait à pleurer le vide de Papa – pas pour ça que j’ai épuisé le chagrin.

Semi-allongée dans la C4 de Papa, comme à une Harley en aussi beauf, avec mes Ray-Ban sous la pluie dans les bouchons, et le repas à préparer pour l’accueillir, et retourner à la pharmacie choper les seringues et les cachets. Le pied au plancher usé, à voir Papa au volant, et son regard triste en se levant pour la chimio, un câlin debout dans la rue avant de prendre le volant.

J’ai de la pluie plein les yeux, la peur de rater le virage, et j’attends de rentrer vider la voiture de Papa.

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