Ils se rencontrèrent.

L. ne sortait déjà plus beaucoup, mais ce soir-là, elle s’était un peu forcée, pour retrouver quelques amies dans un bar, sans oublier d’enregistrer ses déplacements avant de franchir le seuil. Elle prendrait, ça lui arrivait encore régulièrement, le métro, avant de marcher, ce qui ne lui arrivait presque plus, sur quelques rues, et elle se laissa une marge d’une bonne heure de rappel pour rentrer, 23h lui avait semblé bien. Un peu nerveuse, sur le trajet, l’habitude de sortir était encore là, mais déjà vacillante. Les filles l’avaient accueillie avec joie, toutes un peu fébriles de se retrouver à briser ensemble la monotonie, et quelques garçons étaient à présenter, compagnons, amis de compagnons, les verres atterrirent sur la grande table, et L. avait déjà entr’aperçu M. parler peu, à l’autre bout de la grande planche qui semblait les séparer. Il semblait content d’être là, un peu béat, hochant à la grande conversation qui se tenait à son côté, ajoutant de temps en temps un mot, une phrase, ne regardant rien d’autre. Elle décida de ne pas y prêter attention, mais à la sortie pour une cigarette, il se trouva à côté d’L., alors qu’il ne semblait pas fumer – elle ne le remarqua pas tout de suite. Il lui sourit, sans parler, elle sourit sans savoir quoi répondre, une nouvelle conversation créait un nouveau groupe, plus restreint, à la marge duquel ils se tenaient, en se regardant à la dérobée. Quand son téléphone lui rappela l’heure, L. décida de l’oublier, mais l’heure pré-définie rappela, à grands coups de notifications, qu’il lui fallait rentrer – et elle partit, à peu près en même temps que ses amies, sans avoir osé parler à M..

Dans le métro, elle s’en voulut de sa timidité, et de ne rien savoir, ni même ce qu’elle aurait dû essayer d’apprendre. Elle arrivait chez elle quand son téléphone vibra à nouveau: elle n’avait pas désactivé son bluetooth, là-bas, et ce qu’elle n’osait plus espérer se produisit, comme dans les films qu’elle se passait parfois le soir: il avait tenté la fonction « bouteille à la mer », quelques mots de téléphone à téléphone, envoyés alors qu’elle quittait à peine le troquet – et elle n’avait pas vu, pendant son trajet, le message laissé en spam, et signalé maintenant, dans la certitude de son foyer. « Salut, je suis M., pardon, je n’ai pas osé te parler, mais je serais heureux que l’on discute, si cela te va » – et elle lui répondit, aussi vite que timidement, que oui, elle voulait bien, et ils échangèrent des messages tout le reste de la nuit, et des suivantes.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s