Chienne enragée.

« Ma colère est cosmique, ma rage est métaphysique »

Se disait L. en repensant à Madame D., et à sa voix dans la nuit. Elle se penchait vers elle-même, comme on se plaît à côtoyer des gouffres, sans la douceur qu’a le vertige en sécurité derrière une petite rambarde – L. savait que les garde-folles avaient sauté, et qu’elle n’était pas loin de les suivre.

« Boum ».

Et elle essayait de reprendre le fil de sa colère, qui ce soir ne se déroulait pas en direct du labyrinthe des douleurs – elle savait depuis longtemps que la colère est toujours la manifestation d’un chagrin qui ne peut pas se dire, mais ce soir, elle voulait reprendre sa colère avec elle, la retrouver la renouer, et

Rien.

L. ne parvenait pas, pas ce soir, à concentrer sa colère, qu’elle croyait trop connaître, et dont elle craignait les conséquences – elle savait déjà que la colère, quand elle sortait, était le meilleur prétexte à de nouveaux silences – quand on veut tuer sa chienne, on dit qu’elle a la rage.

Et de cette colère qui la tenait de côté et hors d’elle, elle voulait et ne voulait plus – et elle se retrouvait, dans des flots de chagrin, à écoper la tristesse, devant l’évier toujours sale. Sur sa table, quelques miettes éparses, qu’elle regardait sans les voir.

« Il m’a encore laissé des miettes ».

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