La tristesse de Madame D.

Et, le micro coupé, assise dans sa cuisine impeccable, Madame D. laissa retomber ses bras et ses traits, et se repoussa sur le petit dossier de la chaise. Elle écouta, un instant, le silence qui montait, alors que ses oreilles bourdonnaient – quelque part, une sirène hurlait, comme en sourdine.

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D’autres souvenirs.

Il lui avait souvent arrimé le corps à la cuisine, et à la chambre, le souvenir des premières nuits avec M., sa maladresse, entrecoupée d’assurances qui semblaient l’étonner, l’intimité qu’il fallait créer, parce qu’ils commençaient à se voir, un peu, nus, et bien franchement, avec l’obscurité qui s’étendait. L. se souvenait de ses attentes, pendant des jours et surtout des nuits, où elle le désirait de l’imaginer, furtivement apparu entre ses draps, un creux dans lequel elle voulait se lover, et ressentait presque, à force d’efforts, son souffle dans son cou.

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D’autres vies que les vôtres

L., debout dans le métro, restait à chavirer entre deux cahin-cahots, devant rentrer comme avant chaque soir. Les sorties, qu’elle avait longtemps imaginées comme de petites fêtes, de ces réjouissances en dedans qui ne laissaient pas de traces dehors, surtout qu’elle rentrait vite, n’avait plus depuis longtemps l’euphorie espérée. Dès ses premières escapade après le grand blanc qui l’avait installée à la maison, elle n’avait en fait senti qu’une inquiétude assez pesante, quand elle sortait, nourrie par les histoires qu’elle lisait, sur ses affpops comme dans les discussions de ses amies, ou de celles qu’elle suivait comme ses amies. Elle se retrouvait à nouveau là, dans le métro, comme de si nombreuses fois avant, à tenter de saisir le mouvement des rails, et à reprendre son souffle après tel coup de frein auquel il fallait résister plus vaillamment.

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