Au hasard des rues.

Endormie comme un bébé sur mon canapé, réveillée dans le corps d’une mamie: j’ai inventé la machine à accélérer le vieillissement des corps – et je me réveille en songeant que j’ai fait un beau voyage, quelque part entre Bridget Jones et Jacques Tati, option Pieds Nickelés.

C’est que je suis partie en Angleterre, for the very first time, et c’était très joli, Oxbrdige, même en pensant à la rage silencieuse de Woolf devant l’entrée des bibliothèques – fermée pour elle, comme pour toutes les femmes – et à sa frugalité, pendant qu’elle imaginait les fellows manger des pigeons propices à la réflexion intellectuelle – et, sans les pigeons, on a pas mal médité à table. C’est toujours plaisant, de voir du pays et des paysages, et des gens connus et d’en rencontrer d’autres, les conversations un peu partout, à en craindre de m’asseoir à côté de n’importe qui dans le métro, comme ce type du Kent qui m’a demandé ce que je pensais des élections.

Oxford, c’est plaisant, mais c’était le boulot, et ça montrait tout ce que le savoir peut avoir d’écrasant quand il s’installe des châteaux et en sélectionne l’entrée – tout plein de petits portiques et de gardiens devant ces petits châteaux, comme un Disneyland académique – comme ces Anglaises que j’ai vues, en attendant le train du retour, avec des oreilles de Mickey à paillettes, en attendant d’arriver à Marne-la-Vallée.

L’étrangeté du cours des choses m’a fait absolument tout improviser, et de me retrouver à St Pancréas, que jamais je ne pourrais prononcer correctement et sans l’imaginer au milieu d’un immense corps humain. Avant, d’Oxford à Londres, ça a été du bus et du train en panique, avec l’étrange impression de traverser une Comté (même s’il paraît qu’elle est inspirée de la région d’à côté) pleine de hobbits farceurs, d’ailleurs de goguette la veille de mon départ, comme une fête impromptue en ville.

Par une conjonction de hasards qui auraient dû me faire jouer à la loterie, aucune perte de moi-même dans le métro, rien: et j’ai même trouvé l’adresse de mon logement, et une gargote, et ensuite le marché de Camden, en errant ébahie dans des rues et des couloirs en tube. L’impression d’arriver dans le village des Toons de Roger Rabbit, en voyant des façades jaillir des objets des plus divers, et les autoproclamés véritables punks de Camden – qui ne risquaient pas de tenir un stand dans ce grand supermarché à ciel fermé et odeurs de friture.

Y avait bien des rues dans lesquelles se perdre, et de temps en temps un banc pour reprendre son souffle, ses lacets et mes esprits. La divagation urbaine a cela d’amusant qu’elle nous rend errants: j’étais, en fameuse picara, poussée par la faim et les fermetures du dimanche soir, demi fantôme des pubs.

Les musées, c’est quelque chose ! Surtout quand c’est gratuit, et une bonne raison de sortir de pas chez soi, dans une autre ville, hagarde en quête de peintures et d’huile en tout genre. Touriste touristant, de ci de là et partout, parce qu’il y a du soleil sur le trottoir, des gens affairés à vouloir savoir ce qu’ils font ou à m’en éloigner, et de repartir dans la goguette du train des choses. Comme une gamine, j’ai eu l’impression de conduire moi-même le bus à l’impériale parce que je me suis trouvée au premier étage, tout devant – encore avec un léger vertige –, avec Westminster derrière, Buckingham raté de l’avoir trouvé si moche que j’en ai fait le tour du pâté de maison pour chercher le vrai, et Hyde Park ma grand-mère au téléphone – qui s’ennuyait. Des rues, des rues, des rues, et toujours des squares, des parcs et des pubs, dans une odyssée qui cherchait où atterrir, et ce que pourrait signifier une immersion urbaine.

Un soir, j’ai voulu épicer le tourisme, et partir sur les traces de Jack, fameux éventreur. Arrivée à Whitechapel au crépuscule, je sentais déjà le frisson du crime, rehaussé par la lecture du détail des crimes – et vas-y l’utérus sous l’oreille, et les reins envoyés par la poste. À l’après-dîner, les rues devenues sombres et les hommes dedans, mon appétence pour le true crime et l’errance urbaine connut un genre de refroidissement – c’était le moment idéal pour ne plus réussir à rentrer chez moi.

Restent peut-être de Londres quelques souvenirs, deux robes, et quelques ampoules, tirant les élastiques de mon masque dans l’eurostar.

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