C’est pas si mal, le néant.

C’est pas si mal, le néant, tentait de se dire S., dans son équilibre un peu précaire – elle ne portait plus de talons depuis des années, avec l’exemption médicale de rigueur, mais elle gardait en cet instant le vertige que l’on ressent les premières fois que l’on s’essaie à sortir, dans toute cette nouvelle et fragile hauteur. Elle appréciait maintenant le silence presque feutré quand elle marchait, sans y retrouver une liberté dont elle avait perdu depuis longtemps le sentiment comme la réalité.

La tentation du néant était une de ses vieilles amies, quand, petite, elle se restait dans sa baignoire aussi silencieuse que possible, essayant de devenir la baignoire à l’eau plane et figée, imitant les poulets décapités qu’elle voyait, deux fois par an, dans le réfrigérateur de sa grand-mère. Elle retenait son souffle, écoutant les silences et se désespérant quand elle devait reprendre son souffle, aussi doucement que possible. Il lui arrivait souvent d’essayer ainsi de se fondre dans un paysage, dans l’objet qu’elle tenait à la main, ou dans le tissage d’une jupe, vue dans une vitrine, et dont les plis lui rappelaient le soyeux de l’enfance. Elle tentait de s’oublier, en marchant dans les rues, toujours en faisant mine d’être pressée, cherchant à être la hâte qu’elle mimait.

Elle continuait d’essayer de ne rien se dire, aussi, en restant chez elle, les yeux rivés sur les affpops surgissantes sur l’écran, en reprenant parfois le fil d’une lecture. Elle essayait de devenir les quelques lignes qui s’affichaient, un assemblage de lettres, quelque chose comme une inanité sonore.

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