Libérées ?

On nous a parlé de libération sexuelle; Dworkin a montré ce que disaient déjà les féministes de la seconde vague: qui libère-t-on de quoi ? La dite libération sexuelle semble plus être une libéralisation des rapports, rendue possible par une transformation de la propriété des corps (féminins). Si si: « mon corps m’appartient », traduction parfois critiquée de « Our bodies, ourselves » acte bien cette appropriation (je ne dirais pas réappropriation, qui signifierait une possession initiale). Qu’est-ce dire ? Si les critiques du corps comme appropriable, et donc entrant dans un processus marchand (monétaire ou non) me semblent importantes, il ne s’agirait pas d’effacer cela: des corps (et leur force) sont, littéralement, appropriés.

Il ne s’agit pas là d’une simple image, mais d’une appropriation complète et totale, autrement plus complète que celle de l’aliénation du travail, puisque sans trêve, et touchant l’ensemble du corps. Napoléon aurait lui-même affirmé (quoique personne n’en cite la source) que l’enfant appartient au mari de la femme comme la pomme au propriétaire du pommier. Autre citation, dont le succès ne trouve aucune source fiable: La femme et ses entrailles sont la propriété de l’homme, il en fait donc ce que bon lui semble – citation elle aussi attribuée soit à Napoléon, soit à son Code (en fait majoritairement élaboré pendant la Révolution), sans autre précision. Autrement dit, le contrôle de la sexualité des femmes est avant tout un contrôle de la filiation – toute masculine, comme le montre l’interdiction, contestée tout au long du XIXe siècle, de la recherche de paternité (et donc de pensions, héritages et autres obligations). C’est donc en tant que non procréative que la sexualité peut être libérée – ou, peut-on dire, en distinguant propriété (mariage) usufruit (procréation) et usage (sexualité). L’objectification reste; c’est la propriété qui se complexifie – et se manifeste toujours: ce sont toujours les enfants et leurs mères qui en paient le prix le plus lourd.

Surtout, si la propriété reste, ses usages ouvrent de nouvelles contraintes – l’hétéronormativité est retorse. Ce qu’ont fait la libération sexuelle, par la pilule et l’avortement, c’est une avancée essentielle, mais qui touche les fruits du corps (le travail reproductif), et non la propriété du corps, toujours approprié – la laisse est juste un peu plus lâche autour de nos cous; on ne sent nos chaînes que quand on les agite.

Marre.

– Mais j’en ai marre !

– Encore ? se moqua Hélène. C’est quoi, cette fois ?

– Mais encore ça ! « T’es féministe, et tu fais pas ci, et tu fais pas ça ». C’est pas du développement personnel ni du mantra, encore moins de l’exercice spirituel, le féminisme ! À croire que la moindre étiquette t’inscrive dans une catégorie, avec mode d’emploi à suivre et double standard à résoudre. Quoi ? T’es féministe et tu laisses des hommes marcher dans la rue ou s’asseoir dans ton canap’ !

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Contre-révolution du canapé.

« Les canapés, ces foutus canapés ! »

Il était rare de voir Laure s’énerver avec autant d’éclat; sa sortie tourna vers elle tous les regards. Les amies, réunies dans la cuisine d’Emma, échangeaient maintenant des coups d’œil perplexes, avec une petite inquiétude, quand Marion éclata, mais de rire, cette fois:

« Mais que t’ont-ils fait, les canapés ? »

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