Et en moi bien des abîmes

C’est de plus en plus souvent que la vieille bête reste tapie, apprivoisée dans l’ombre. Elle revient pourtant de temps à autre, en une transformation sauvage, bestiale: je deviens l’autre moi-même. En moi sont des abîmes, où elle se cache avant de surgir, quand le tombeau se découvre ouvert: c’est là qu’elle sort et qu’elle rampe, à l’extérieur, me retournant comme un gant. Lire la suite

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Des lunettes noires à la supérette

C’était cet après-midi, un saut rapide dans un casino sans tapis rouge ni vert, juste de quoi récupérer ce qu’il me faut pour survivre en pâtes, madeleines et jus d’ananas. Le départ sous une pluie menaçante, mais repoussée par quelques augures joueurs, ne s’était pas trop mal déroulé: l’ascenseur, après ces deux mois de grève, était reparti cahin-caha, je n’avais pas oublié la poubelle ni ma carte de fidélité.

Lors d’un moment de perplexité étrange – que sont ces appareils ? des épilateurs, forme réinventée pour un patriarcat renouvelé – que j’entendis grommeler, grogner, râler dans mon dos – quelque chose comme l’annonce d’une scène de cannibalisme, ou l’annonce d’une résiliation de forfait téléphonique. Lire la suite

La chance du présent

Toujours les conversations avec Pierre-Élie, mais un autre axe: savoir si notre époque est créative, et où, et de quelle façon, et de comment ces choses seront vues, et comment nous nous y inscrivons. J’ai la tendance, certainement irritante, de répondre à toutes les questions qui me semblent théoriques et difficiles par le même slogan: plus d’action, moins de question ou, pour ce qui est de la littérature, de la production plus que de la pensée. Ce n’est, littérairement et généralement pas ce que je crois – mais je suis de peu de foi. Lire la suite

Chez moi.

Je ne suis pas encore allée dans sa chambre, la porte est restée fermée. Je n’ai pas pu explorer la salle de bain non plus, pas envie de voir les traces de choses passées et maintenant parties. J’ai juste entendu mon père dire qu’il arracherait les rosiers – il ne les a jamais aimés.

De ne plus être chez nous, c’est comme si je n’étais plus chez moi.

Quelques conseils aux potos et aux alliés

La période un peu difficile que je traverse en ce moment – chargée, comme souvent dans ce genre de moments, de travail et d’émotions – m’amène à réfléchir à quelques difficultés que je peux rencontrer dans l’élaboration de projets, et plus largement au soutien que je reçois – ou pas. Je me rends compte que ce soutien – ou son absence – suit une ligne généralement genrée, peut-être dû au fait que je suis une femme qui a le plus souvent affaire à des hommes, peut-être à de simples hasards relationnels. Quoi qu’il en soit, cette ligne de genre n’empêche pas de recevoir quelques conseils que j’espère bons, ou qui du moins me feraient du bien, si je les voyais appliqués. Lire la suite