Aux confins.

Et on se surprend à rêver, parfois, de ce à quoi ressemblera la fin du confinement. L’étrange angoisse qui nous saisira quand nous pourrons ressortir, après avoir laissé nos rues à la police et à l’armée, à l’air qui nous semblera soudain plus froid, à la distance qui se sera installée avec ceux et celles que nous embrassions sans crainte. Lire la suite

Quelques notes sur l’Apocalypse.

Il restera, dans des simulacres de salons de thé, les discussions de grand-mères sur le goût qu’avait le café, quand il restait du café. La fatigue de ne pouvoir écrire, et la nécessité d’apprendre, comme le faisaient les prisonniers des goulags, ce qui doit être transmis – et qui sera retenu, un peu. Lire la suite

Course.

Une fois descendue du bus, elle commença à traverser la rue, plutôt vivement, jusqu’au moment où un homme, qui arrivait en face, l’interpella. Elle tourna machinalement la tête, et poursuivit: l’autre la regardait qui partait, étranglé de fureur, gesticulant les bras au dessus de sa tête. Cela ne l’empêcha pas de continuer jusqu’à la rue suivante, un autre homme en colère se retournant sur son passage. Elle fit ses courses, sans ralentir le pas: devant l’étal de fruits et de légumes, devant les primeurs indolentes qui s’allongeaient dans une sensualité complice, elle s’imposa dans la file d’attente – pas de cris, mais un regard courroucé la suivait, alors qu’elle pesait quelques denrées. Les allées du supermarché lui semblaient s’offrir dans des perspectives fantastiques: le carrelage résonnait sous ses pas quand elle fit, d’un pas de côté, un léger écart pour respecter la trajectoire d’une grand-mère filant droit vers les condiments.

La valse des chariots ne ralentissait qu’à peine sa course, qui cartographiait la supérette; l’essentiel de sa soirée dans un sac en tissu, elle attendit son tour pour un paiement prétendument automatique, dans le souffle et les ruminations d’un quinquagénaire trop pressé.

Que la bise.

Ce n’est pas le roc que je me suis rejoué, c’est la voix, toujours un peu goguenarde, du grand-père quand, au téléphone, il souhaitait un bon anniversaire à sa « grande », toujours un peu plus, évidemment, chaque année. C’est un rituel annuel, et je les appelle moi-même, maintenant, mes grands-parents, avec les mêmes blagues – et tu n’as rien à me dire, aujourd’hui ? et je t’appelle demain ! à mon autre grand-père, dont l’anniversaire succède le mien d’un seul jour – et chaque année, la même blague, là juste pour qu’on en rigole, et parfois retombe un vieux récit, l’attente de mon père devant la salle de la césarienne où je suis née, mais aux forceps – je me doutais qu’il y avait embrouille. Lire la suite