Une histoire allemande.

Il y a quelques années, plus de dix, bientôt 15 – j’avais seize ans.

Il y a quelques années, j’étais en première, je finissais de passer mon bac de français, et je partais en Allemagne, pour suivre deux semaines d’université d’été – une chance, très élitiste, la Deutsche Schüler Akademie. Lire la suite

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La réalité. C’est la peur allée. Avec le sommeil.

Les cris d’effroi et les étonnements devant les questions posées à Virginie Ettel, partie civile contre Georges Tron, par le président de la cour Régis Jorna, ont pu mener à des commentaires divers – ces questions étaient-elles déplacées, utiles, le ton convenable et adapté, la culotte bien placée, et tout cela ne serait-il pas, finalement, normal. Après tout, Georges Tron est un Monsieur si respectable ! Et il y aurait des confusions dans les dates.

Cette stupéfaction me laisse assez pantoise. Qui doute réellement du parcours scandaleux et humiliant des victimes de viol quand, par une série de miracles et d’acharnements, elles finissent par avoir le droit – le droit ne devrait-il pas être juste ? – de finir par témoigner aux assises ? Lire la suite

Je suis d’éther.

Quelque chose qui se balance et me ballote, à flots doux, à mots roux. Je regarde le plafond, plus si blanc, l’ombre de mon ombre dans la peinture acrylique.

Quelques chagrins qui vont et qui viennent, un autre reflux, même si je sais que la douleur se partage et nourrit les colères. J’en reste là, toujours allongée, toujours remuée, un vague à l’âme qui devient une idée que je ne veux pas parler; un mal à l’âme qu’il faut calibrer, dont il faut ressentir les contours anguleux, une peine qui ne passe pas. Lire la suite

Corps de métro

Étonnant de voir comme le moindre pas s’inscrit dans un pas déjà fait, la marque des corps en habitude, le tangage de toute une rame, presque à l’unisson.
Comme un instinct de ville dans ces corps face aux portes des rames en attente, mais déjà prises, au moins dans d’autres lignes. Des échappées toutes les mêmes, points de fuite connues par des sentiers balisés. La ville sue qui infléchit le corps pris dans un couloir, on penche un peu pour ne pas heurter d’inévitables voisins.
Et on sait que demain sera pareil, le même ballet, si quelqu’un pouvait le chorégraphier.

Nous sommes tou·te·s des romanticistes

La dénonciation de quelque discrimination que ce soit, sexiste, raciste ou classiste, conduit en général au spectacle stupéfiant d’éditos convulsifs, d’épilepsie télévisuelles et de chroniques outrancières. C’est que, voyez-vous, questionner seulement la dimension idéologique ou morale de l’art reviendrait, in fine, à le tuer. Le mythe de l’artiste ou de l’auteur ne souffrirait aucune de ces contingences bassement sociales: après tout, il semblerait que l’art ne soit pas fait pour être vu, lu, contemplé et partagé par un public, bien souvent plus divers que ne le laisse penser la simple notion de lecteur idéal que l’on trouve théorisé chez Umberto Eco.

C’est que le public remue, râle, s’organise et finit par produire ses propres fictions, au grand dam des au-teurs; c’est que les profs s’organisent pour refuser la grammaire sexiste et ouvrir le système des accords; c’est qu’on n’attend pas l’Académie pour pratiquer la langue, si possible inclusive. Les débats récents sur l’écriture inclusive, volontairement mal comprise et caricaturée, ont mis au jour la peur d’une remise en question d’un patrimoine (jamais d’un matrimoine), qui fonderait le socle d’un territoire et d’un roman national. C’est en réécrivant la fable Le Corbeau et le Renard de La Fontaine qu’on a voulu montrer que les féministes déformaient le passé et l’héritage français ! La Fontaine, considéré comme l’Homère français, n’a pas été un choix fait au hasard. Lire la suite