Lynch et les images

On m’a récemment confronté à ce qui pourrait s’apparenter à un paradoxe: comment pouvais-je m’intéresser et aimer le cinéma de David Lynch, alors que je suis, dans le même temps, plutôt allergique aux métaphores ? La chose est rapidement réglée: je ne suis réticente aux métaphores que dans le cadre d’un discours scientifique, car celles-ci me paraissent peu propices à la clarté requise pour pouvoir transmettre une information et une méthodologie à un public – et elles me paraissent au contraire encourager la proportion à l’autoanalyse, par l’étude des métaphores que nous pouvons nous-mêmes proposer en guise d’interprétation. Reste cependant une question: y aurait-il quelque chose de l’ordre d’une pensée métaphorique chez Lynch ? Je ne le crois pas, mais je peux m’en expliquer. Lire la suite

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À Rochefort, on découpe des demoiselles

J’ai déjà aimé parler d’un des films que j’ai le plus vus, Les Demoiselles de Rochefort, et de son fabuleux art de la transition, que l’on retrouve dans tous les films de Demy: la semaine des Chemins de la philosophie, émission animée par Adèle van Reeth, me donne envie de revenir sur un thème important, quoiqu’occulté, du film: le féminicide. Le film n’est en effet pas si léger que la musique et les couleurs de la ville le laissent croire: si le crime se fait à la légère, il apparaît bien qu’à Rochefort, on découpe des demoiselles. Lire la suite

Kill Bill est-il un film féministe ?

Poser la question du féminisme éventuel de Kill Bill, rare film d’action à avoir une femme pour protagoniste, n’est pas peu courant. Les principaux arguments sont souvent les mêmes: Kill Bill est un film qui met en scène le girl power et l’empowerment. Quentin Tarantino serait ainsi un féministe d’une espèce quelque peu particulière: un féministe que les féministes n’aimeraient pas – alors que le film n’est, finalement, pas si mentionné que cela par la communauté. Ce serait la violence et la masculinité du personnage féminin qui, croit-on savoir, poseraient problème au féminisme; il s’agirait plus, comme le démontre l’article de Maxime Cervulle pour Nouvelles Questions féministes, de voir s’affronter postféminisme et féminisme, notamment autour de la question du male gaze et du slasher. Si le slasher me paraît bien un genre intrinsèquement lié à l’objectivation du corps féminin au profit du male gaze, comme le montrent, parfois malgré eux, les différents opus de Scream, je pense néanmoins que le genre peut aussi être retourné, quasi depuis ses origines, par l’originalité de sa cinématographie, comme le montre Halloween. Il faut donc revoir le film. Lire la suite

Dénoncer le sexisme, est-ce tuer l’art ?

Dénoncer les dénonciations de sexisme en art devient une réaction courante, épidermique, depuis les manifestations accompagnant les sorties de Woody Allen ou de Roman Polanski, à l’étude des représentations sexistes au cinéma, nouvellement représentées par l’appel « Balance ton film », jusqu’aux appels à balayer les discriminations dont les femmes sont victimes dans le monde du cinéma. L’étude même des représentations peut se trouver critiquée par ceux et celles qui en sont les professionnel·le·s, comme Laura Kipnis, professeure de cinéma féministe. C’est alors la menace de la censure et du puritanisme qui pèserait sur l’art, la fabrique de l’œuvre et les grands génies, bien souvent aussi des grands hommes, qui se trouve agitée comme un chiffon rouge bien commode – exactement comme #Metoo est accusé d’encourager la délation.

Réduire la question du sexisme au cinéma et, plus généralement, en art, à une question de morale et de censure me semble d’une monumentale mauvaise foi; il s’agit en outre d’une grande réduction d’une question essentielle, celle de l’art, de ses représentations et de son public. La question est d’abord, et avant tout, artistique. Lire la suite

D’horreur et de musique: le cinéma du réel

Deux genres de films me semblent, non à première vue, mais en y regardant de plus près, étrangement proches: la comédie musicale et le film d’horreur. Ce n’est pas tellement dans leur conjonction en un autre sous-genre, la comédie musicale horrifique, dont le Rocky Horror picture show ou Beetlejuice sont des exemples bien connus, que l’on peut voir les similitudes entre ces deux genres, mais plutôt dans leur traitement de la réalité.

rocky médic Lire la suite