Y a-t-il un auteur dans l’œuvre ?

Mon ami Guillaume m’a fait remarquer, à juste titre, à propos de mon billet précédent, qu’il est périlleux de voir dans le joueur un co-auteur, et dans le jeu vidéo un exemple emblématique de l’œuvre ouverte d’Umberto Eco. Il distingue très clairement la création de l’interaction ou de la participation – et relègue ainsi, certainement, le joueur ou la joueuse à une place plus juste. Mais s’agit-il pour autant de revenir à l’auteur ? Oui, et non. Kojima est un point que j’attendais : oui, on trouve de grandes figures de développeurs, codeurs, parfois scénaristes géniaux, qui entérinent le mythe du grand homme, absolu créateur : nous avons besoin de récits, et nous sommes rassuré·e·s par ces figures. Les créations collectives ont ainsi souvent été oubliées ou attribuées : l’Illiade et l’Odyssée à Homère, qu’importe qu’il ait ou non existé. C’est le culte de l’individu, renforcé par les théories romantiques allemandes de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles qui ont entériné une vision de la littérature – et plus des Belles-Lettres – dont nous ne parvenons pas à sortir ; pourquoi, sinon, s’attarder sur la parka de Houellebecq ? Parce que la création reste un mystère, on la recherche dans les replis des anecdotes, voire des routines, comme celle des actrices érigées muses. Lire la suite

Le témoignage dans les Méditations métaphysiques

Les Méditations métaphysiques appartiennent au canon de la philosophie classique. La langue simple, la démarche progressive de René Descartes et le découpage en six méditations, qui sont autant de journées évoquant le projet divin de la Genèse, font de ces quelques pages un texte très lu, jusque dans le cadre scolaire. Lire la suite

Je suis une intellectuelle, et c’est très bien comme ça

Je suis maintenant doctorante depuis deux années bien remplies. Les années de doctorat ne sont pas seulement difficiles, propices au burn-out et inconfortables pour des post-masters pas encore professionnel•le.s, mais plus vraiment étudiant•e•s, elles sont encore régulièrement stigmatisées par un entourage peu compréhensif, et rapidement incisif. Il ne s’agit pas ici d’égrener une litanie de plaintes et de râleries, mais de voir comment une stigmatisation institutionnelle des intellectuel•le•s se manifeste violemment dans le quotidien de jeunes chercheurs et chercheuses, contribue à les isoler de leurs proches, quand les principes de la recherche scientifique et intellectuelle ne sont pas compris ni, malheureusement, acceptés. Les années du doctorat sont les plus propices à comprendre la montée de cette stigmatisation : si les années de Masters sont déjà, le plus souvent, une initiation à la recherche, la multiplication des Masters pros, dont des Masters MEEF exigés pour la formation des enseignant•e•s rendent visiblement l’obtention d’un bac + 5 plus acceptable pour la majorité des gens. L’entrée en doctorat, elle, par la précarité des métiers de la recherche, l’incompréhension des sujets, voire des disciplines choisies, l’inutilité supposée de la recherche fondamentale, surtout en sciences humaines, est régulièrement critiquée par tout le monde, parodiée, caricaturée, et simplement dénigrée. Je partirai donc de quelques attitudes hostiles, pénibles et difficiles à entendre quand elles proviennent de gens que l’on aime. Lire la suite

Notes sur la vulgarisation scientifique

La vogue de la vulgarisation scientifique en vidéo sur les plate-formes francophones suscite l’admiration ou la méfiance du public et des institutions traditionnelles du savoir ; elle a aussi déclenché une déferlante de chaînes spécialisées dans tel ou tel domaine du savoir, qui connaissent de plus ou moins grands succès, plus ou moins légitimes. L’objet de ces quelques notes ne sera pas de distribuer les bons et les mauvais points, ni de dénoncer la vulgarisation scientifique en ligne, et a fortiori en vidéo ; il est bien plutôt de rappeler ce qu’est la vulgarisation scientifique, les problèmes qu’elle a toujours posés et les  écueils qu’elle peut éviter. Lire la suite