Les règles du romanesque

Pas si simple de se passer du romanesque, même quand on sait qu’il est nourri de patriarcat – j’ai entendu qu’Andrea Dworkin restait spectatrice de comédies romantiques. La comédie romantique est, la chose est connue, structurée autour de schémas dignes de films d’horreur: il n’est pas consensuel de plaquer les femmes contre les murs pour les embrasser de force jusqu’à ce qu’elles soient, les idiotes qui n’avaient rien compris, finalement d’accord (non mais oui, suffisait de ne pas demander), ni de parcourir leurs trajets de mots d’amour (ça ressemble tout de même très fort à la première étape d’un slasher), ni d’interrompre un mariage sur un coup de tête.

Le romanesque, ça ne bâtit des couples (déjà discutables) que sur des songes et des symboles – la question est de savoir si la réalité est faite d’autre chose. Lire la suite

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À Rochefort, on découpe des demoiselles

J’ai déjà aimé parler d’un des films que j’ai le plus vus, Les Demoiselles de Rochefort, et de son fabuleux art de la transition, que l’on retrouve dans tous les films de Demy: la semaine des Chemins de la philosophie, émission animée par Adèle van Reeth, me donne envie de revenir sur un thème important, quoiqu’occulté, du film: le féminicide. Le film n’est en effet pas si léger que la musique et les couleurs de la ville le laissent croire: si le crime se fait à la légère, il apparaît bien qu’à Rochefort, on découpe des demoiselles. Lire la suite

Quelques conseils aux potos et aux alliés

La période un peu difficile que je traverse en ce moment – chargée, comme souvent dans ce genre de moments, de travail et d’émotions – m’amène à réfléchir à quelques difficultés que je peux rencontrer dans l’élaboration de projets, et plus largement au soutien que je reçois – ou pas. Je me rends compte que ce soutien – ou son absence – suit une ligne généralement genrée, peut-être dû au fait que je suis une femme qui a le plus souvent affaire à des hommes, peut-être à de simples hasards relationnels. Quoi qu’il en soit, cette ligne de genre n’empêche pas de recevoir quelques conseils que j’espère bons, ou qui du moins me feraient du bien, si je les voyais appliqués. Lire la suite

Je ne suis pas féministe, mais..

Si le film de Florence et de Sylvie Tissot consacré à Christine Delphy porte ce titre, ce n’est pas un hasard : la formule est en effet récurrente, surtout, à ce que j’ai pu voir, pour les femmes, bien conscientes que quelque chose ne tourne pas rond, sans pour autant mettre le doigt dessus. Une conversation récente m’a en effet rappelé cette difficulté qui, depuis longtemps, n’en est plus une pour moi: il est difficile de se dire féministe. Lire la suite

Une féministe chez les Renaniens

Quand j’ai débuté ma thèse, j’étais déjà féministe convaincue depuis plusieurs années – les choses ont été lentes, de la lecture du Deuxième Sexe à quatorze ans, sans bien comprendre les implications politiques que le livre de Beauvoir pouvait avoir dans ma vie, à la lecture assidue de blogs à la fin de ma licence et pendant mes années de Master et, surtout, d’agrégation. Je pense avoir passé, depuis la découverte de la blogosphère, entre une heure et quatre heures quotidiennes à la lecture de textes féministes, en ligne ou sur papier. Ces lectures compulsives font que j’ai une vision plutôt intellectuelle du féminisme: je m’intéresse de plus en plus à l’histoire du féminisme, à ses différents courants comme, plus généralement, à l’histoire des femmes.

Il peut donc être surprenant de me voir, avec une telle implication politique et intellectuelle, choisir une voie doctorale si peu féministe: Ernest Renan, certes penseur de la nation et chantre de la Troisième République, mais aussi (j’y reviendrai) parfait représentant d’une certaine misogynie très XIXe siècle, et toujours présente. Il n’a jamais écrit de traité sur les femmes, il n’a pas, comme Hugo, milité pour elles, et un examen plus avancé montre qu’il a même pu s’approprier le travail des femmes de son entourage, comme sa sœur, Henriette Renan, ou sa femme Cornélie. J’ai même sciemment choisi une thèse qui ne soit ni féministe, ni inscrite dans les gender studies.  Lire la suite