Nous sommes tou·te·s des romanticistes

La dénonciation de quelque discrimination que ce soit, sexiste, raciste ou classiste, conduit en général au spectacle stupéfiant d’éditos convulsifs, d’épilepsie télévisuelles et de chroniques outrancières. C’est que, voyez-vous, questionner seulement la dimension idéologique ou morale de l’art reviendrait, in fine, à le tuer. Le mythe de l’artiste ou de l’auteur ne souffrirait aucune de ces contingences bassement sociales: après tout, il semblerait que l’art ne soit pas fait pour être vu, lu, contemplé et partagé par un public, bien souvent plus divers que ne le laisse penser la simple notion de lecteur idéal que l’on trouve théorisé chez Umberto Eco.

C’est que le public remue, râle, s’organise et finit par produire ses propres fictions, au grand dam des au-teurs; c’est que les profs s’organisent pour refuser la grammaire sexiste et ouvrir le système des accords; c’est qu’on n’attend pas l’Académie pour pratiquer la langue, si possible inclusive. Les débats récents sur l’écriture inclusive, volontairement mal comprise et caricaturée, ont mis au jour la peur d’une remise en question d’un patrimoine (jamais d’un matrimoine), qui fonderait le socle d’un territoire et d’un roman national. C’est en réécrivant la fable Le Corbeau et le Renard de La Fontaine qu’on a voulu montrer que les féministes déformaient le passé et l’héritage français ! La Fontaine, considéré comme l’Homère français, n’a pas été un choix fait au hasard. Lire la suite