Voyage au bout de Renan

Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais plus rien à dire, maintenant que j’étais triste. Rien. C’est Marcellin Berthelot qui m’a fait parler. Marcellin, un étudiant, un savant lui aussi, un camarade. On s’était croisé à la pension Crouzet, puis plus lâchés ensuite. Un chimiste, un bon dieu en chambre, comme ils disent ! On se rencontre donc à la pension Crouzet. C’était après le dîner. On se met dans ma chambre, j’ai un poêle. Il veut me causer. Je l’écoute. « Restons pas ici ! qu’il me dit. Faut qu’on fasse la science ! » Alors je me dis, on va la faire ensemble. Voilà. « Cette bicoque, qu’il commence, c’est pour les tâcherons ! Viens par ici ! » Alors, on remarque qu’ils sont tous gâtés, les gamins de la pension, à cause de leurs parents ; faut tout leur faire, tout. Quand ils sont mauvais, pareil, faut qu’ils pensent être des bons ; c’est lui même, qui m’avait dit : « Les gamins du quartier latin, ils vous font des ronds de manche et de l’épate, mais dès qu’il faut faire la science, il n’y a plus personne ; la preuve, c’est qu’ils sont dans les amphis à se pavaner, et on trouve personne dans les labos. C’est ainsi ! Siècle de rhétorique ! qu’ils disent. Où ça ? Grands changements ! qu’ils racontent. Rien n’est changé en vérité. Ils continuent à s’admirer et c’est tout. Et ça n’est pas nouveau non plus. Des mots, et encore pas beaucoup, même parmi les mots, qui sont changés ! Deux ou trois par-ci, par-là, des petits… » Bien fiers alors d’avoir fait sonner ces vérités utiles, on est demeurés là assis, ravis, à regarder chauffer notre petite chaudière. Lire la suite

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La surprise d’un nouveau monde

Ils découvrirent, en fouillant dans les affaires de Gorju qui les avait laissées là, dans un coin de la grange, son ordinateur personnel, un vieil Asus qui semblait ne pouvoir fonctionner. À force de manœuvres, ils purent l’allumer, et s’empressèrent d’examiner les documents gardés en mémoire.

– Ah ! Ah ! Les coquins ! Ils ont pris la tangente ensemble ! Lire la suite

Quel toupet !

La soirée bien entamée, je restais au chaud, emmitouflé dans une douillette couverture. Un livre en main, tapant machinalement de l’autre, la nuit s’écoulait dans le calme des tâches accomplies. Un petit mouvement pour atteindre la boîte de chocolats, nonchalamment laissée sur la table basse, comblait mes dernières espérances. Y a-t-il meilleur instant qu’une solitude volontaire et choyée ? Je prenais soin de moi, répondant aux instances des réclames, et refusant celles de mes camarades, éparpillés dans les rues de la capitale pour une soirée de bombance.

Quel bonheur d’être chez soi ! Lire la suite