Dénoncer le sexisme, est-ce tuer l’art ?

Dénoncer les dénonciations de sexisme en art devient une réaction courante, épidermique, depuis les manifestations accompagnant les sorties de Woody Allen ou de Roman Polanski, à l’étude des représentations sexistes au cinéma, nouvellement représentées par l’appel « Balance ton film », jusqu’aux appels à balayer les discriminations dont les femmes sont victimes dans le monde du cinéma. L’étude même des représentations peut se trouver critiquée par ceux et celles qui en sont les professionnel·le·s, comme Laura Kipnis, professeure de cinéma féministe. C’est alors la menace de la censure et du puritanisme qui pèserait sur l’art, la fabrique de l’œuvre et les grands génies, bien souvent aussi des grands hommes, qui se trouve agitée comme un chiffon rouge bien commode – exactement comme #Metoo est accusé d’encourager la délation.

Réduire la question du sexisme au cinéma et, plus généralement, en art, à une question de morale et de censure me semble d’une monumentale mauvaise foi; il s’agit en outre d’une grande réduction d’une question essentielle, celle de l’art, de ses représentations et de son public. La question est d’abord, et avant tout, artistique. Lire la suite

Femmes de colère.

Les différents débats actuels, pour minimes qu’ils semblent, comme le manspreading dans les transports, ne me semblent pas profondément intéressants par eux-mêmes –– on retrouve les procédés rhétorique d’invibilisation habituels. Ils ne changent pas : on l’a vu avec Mademoiselle, on le voit encore avec le refus d’appeler un chat un chat – ou un féminicide un féminicide, et non un crime passionnel. Lire la suite

De ces quelques envies d’Amok

La question de la violence laisse toujours le goût d’un non-dit ; elle reste définitivement illégitime, tant qu’on cause de politique par l’action à la Ravaichol ou d’attentat. Mais les représentations de la violence semblent, elles, parfaitement acceptées : la violence est l’apanage du masculin guerrier, les hommes qui vont à la guerre ou à la chasse et peuvent déverser le sang, eux pour qui ils ne coulent pas menstruellement. Lire la suite

Tournesol et les simulacres

Le lac aux requins, production de 1972 du studio Belvision, souffre d’un certain oubli, probablement dû au fait que ni l’animation — pourtant remarquable — ni la bande dessinée qui en a été tirée ensuite ne sont d’Hergé, le créateur de Tintin. Il n’est cependant pas inintéressant de remarquer quelques belles trouvailles du film, dues à un assistant proche d’Hergé, Greg. Lire la suite

L’art de la transition dans Les Demoiselles

Les Demoiselles ont eu cinquante ans, et c’est comme si c’était hier ; l’enchantement que l’on se plaît à solliciter pour qualifier le cinéma de Jacques Demy garde le même charme. Parce que ses comédies musicales sont allègres, légères et colorées (celles en tout cas que l’on évoque, Peau d’âne, Les parapluies de Cherbourg), on croit expliquer l’incroyable illusion qui nous gagne, quand nous pensons pouvoir surprendre, au coin d’une rue de Nantes ou de Rochefort, des danseurs virevoltants. Mais ce n’est pas le millier de volets repeints dans la ville de Rochefort qui suffisent à expliquer cette étrange impression, pas plus que les seuls sourires éclatants de Gene Kelly ne permettent d’épuiser le charme des Demoiselles. Lire la suite